Peptides et hormone de croissance

EPO (Époétine alfa)

L’époétine alfa est une copie fabriquée en laboratoire (recombinante) de l’érythropoïétine (EPO), l’hormone rénale qui commande à la moelle osseuse de produire des globules rouges. Autorisée pour la première fois aux États-Unis en 1989, elle est commercialisée sous les noms Epogen, Procrit et sous forme du biosimilaire Retacrit. Les médecins l’utilisent pour traiter l’anémie due à une maladie rénale chronique, à certaines chimiothérapies anticancéreuses et au médicament anti-VIH zidovudine, ainsi que pour réduire les transfusions lors de certaines interventions chirurgicales (notice d’Epogen).

Le fait le plus important est son avertissement encadré (boxed warning). Dans des essais contrôlés, l’utilisation de médicaments de type EPO pour porter l’hémoglobine au-delà de 11 g/dL a augmenté le risque de décès, d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral (AVC) et de caillots sanguins, et dans plusieurs cancers elle a raccourci la survie ou accéléré la croissance tumorale. En dehors de la médecine, l’EPO est le produit dopant classique des sports d’endurance. Elle est interdite en permanence par l’AMA (Agence mondiale antidopage), et les laboratoires antidopage savent la détecter.

Cette page résume ce que rapportent les notices de la FDA (agence américaine du médicament), les essais cliniques et la recherche antidopage. Elle a une visée uniquement éducative et ne constitue pas un avis médical.

Propriété Détail
Classe médicamenteuse Agent stimulant l’érythropoïèse (ASE) ; hormone glycoprotéique recombinante
Marques aux États-Unis Epogen (Amgen), Procrit (Janssen ; fabriqué par Amgen), Retacrit (époétine alfa-epbx, biosimilaire de Pfizer)
Première autorisation aux États-Unis 1989 (Epogen/Procrit) ; 2018 (Retacrit)
Voie Injection intraveineuse (IV) ou sous-cutanée (SC)
Dosages d’Epogen Flacons unidoses de 2 000–10 000 unités/mL ; flacons multidoses de 20 000 unités avec alcool benzylique
Doses initiales de la notice MRC : 50–100 unités/kg 3 fois par semaine ; chimiothérapie : 150 unités/kg 3 fois par semaine ou 40 000 unités par semaine
Demi-vie (notice) 4–13 h après administration IV dans la MRC ; environ 40 h (plage 16–67 h) après administration SC chez les patients atteints de cancer
Avertissement encadré (boxed warning) Décès, infarctus du myocarde, AVC, thromboembolie veineuse, thrombose de l’abord vasculaire, progression tumorale
Statut aux États-Unis Médicament biologique sur ordonnance uniquement ; non inscrit à l’annexe III (Schedule III) (21 CFR 1308.13)
AMA Interdite en permanence, classe S2.1.1 (substance non spécifiée)

Qu’est-ce que c’est

L’EPO naturelle est une glycoprotéine : une chaîne protéique de 165 acides aminés à laquelle sont fixées des chaînes de sucres (glycanes), d’un poids d’environ 30,4 kDa. Les reins en sont la principale source. Sa production est déclenchée par les facteurs induits par l’hypoxie (HIF), des protéines qui augmentent lorsque l’oxygène tissulaire diminue. L’EPO maintient en vie les précurseurs des globules rouges dans la moelle et stimule leur multiplication. Un manque d’EPO est la principale cause de l’anémie de la maladie rénale chronique (MRC) (Jelkmann, Transfus Med Hemother 2013).

Le gène humain de l’EPO a été cloné en 1985. Inséré dans des cellules ovariennes de hamster chinois, il a produit une EPO biologiquement active (Lin et al., PNAS 1985). Le premier essai a administré l’hormone recombinante par voie IV trois fois par semaine à 25 patients hémodialysés anémiques. Sur les 18 qui ont reçu des doses efficaces, 12 n’ont plus eu besoin de transfusions, et la pression artérielle a augmenté chez quatre d’entre eux (Eschbach et al., NEJM 1987).

L’époétine alfa a la même séquence d’acides aminés que l’EPO naturelle et agit par le même mécanisme. La notice la décrit comme une glycoprotéine de 165 acides aminés d’environ 30 400 daltons produite dans des cellules de mammifères (notice d’Epogen). Les trois produits américains diffèrent surtout par le fabricant et la formulation :

Produit Dénomination commune Fabricant Remarques
Epogen époétine alfa Amgen Produit de référence ; contient de l’albumine humaine
Procrit époétine alfa Janssen (fabriqué par Amgen) Même principe actif qu’Epogen
Retacrit époétine alfa-epbx Pfizer (Hospira) Biosimilaire d’Epogen/Procrit, autorisé en 2018

Sources : notice d’Epogen ; notice de Procrit ; notice de Retacrit.

Un « biosimilaire » est un médicament biologique autorisé parce qu’il est très similaire à un produit existant, sans différence cliniquement significative, comme l’explique la notice de Retacrit. La marque d’époétine alfa de Johnson & Johnson est Eprex (Schellekens & Jiskoot, J Immunotoxicol 2006).

Les apparentés à action prolongée

Deux ASE plus récents ont été conçus pour rester plus longtemps dans le sang. Ils ne sont mentionnés ici qu’à titre de contexte :

  • La darbépoétine alfa (Aranesp, autorisée aux États-Unis en 2001) porte 5 chaînes de sucres au lieu de 3. Sa demi-vie terminale IV est d’environ 21 h, soit à peu près trois fois celle de l’époétine alfa (notice d’Aranesp).
  • Le méthoxy polyéthylène glycol-époétine bêta (Mircera, souvent appelé CERA ; autorisé aux États-Unis en 2007) porte une chaîne de PEG d’environ 30 000 daltons. Sa demi-vie terminale était d’environ 119 h après administration IV et de 124 h après administration SC chez des patients en dialyse péritonéale (notice de Mircera).

Les deux notices portent le même avertissement encadré des ASE, et les deux médicaments sont nommés sur la liste de l’AMA.

Comment il agit dans l’organisme

L’époétine alfa augmente le nombre de réticulocytes (jeunes globules rouges) en 10 jours. Le nombre de globules rouges, l’hémoglobine et l’hématocrite (la part du sang constituée de globules rouges) augmentent ensuite, généralement en 2–6 semaines. L’ampleur de l’augmentation dépend de la dose (notice d’Epogen).

Mesure (notice) Valeur
Demi-vie IV, patients atteints de MRC 4–13 h
Délai jusqu’au pic après une dose SC 5–24 h
Demi-vie SC, patients atteints de cancer et anémiques Environ 40 h (plage 16–67 h)
40 000 unités par semaine vs 150 unités/kg 3 fois par semaine Pic 3–7× plus élevé, ASC 2–3× plus élevée, clairance inférieure de 50 %
Accumulation sur 4–6 semaines Aucune observée avec l’un ou l’autre schéma

Chez les patients hémodialysés, la notice rapporte une hausse de l’hémoglobine dépendante de la dose sur 2 semaines aux doses initiales IV administrées 3 fois par semaine :

Dose initiale (IV 3× par semaine) Hausse de l’hémoglobine en 2 semaines
50 unités/kg 0,5 g/dL
100 unités/kg 0,8 g/dL
150 unités/kg 1,2 g/dL

La notice ajoute qu’aucune réponse supérieure n’est observée au-delà de 300 unités/kg 3 fois par semaine chez ces patients. La plupart des patients atteints de MRC ont besoin d’une supplémentation en fer pendant le traitement, et la notice recommande du fer lorsque la ferritine est inférieure à 100 mcg/L ou que la saturation de la transferrine est inférieure à 20 %.

La concentration d’hémoglobine augmente aussi pour une seconde raison. Chez 8 volontaires sains ayant reçu de l’EPO pendant 15 semaines pour maintenir l’hématocrite autour de 50 %, le volume globulaire a augmenté (de 2 933 à 3 210 mL à la semaine 5), tandis que le volume plasmatique a diminué (de 3 645 à 3 267 mL). Les auteurs ont estimé que la baisse du volume plasmatique expliquait 38–54 % du gain de contenu artériel en oxygène (Lundby et al., J Physiol 2007).

Usage médical autorisé

La notice d’Epogen énumère les indications suivantes (notice d’Epogen) :

Indication Dose initiale adulte de la notice Conditions principales
Anémie de la MRC (dialysés ou non) 50–100 unités/kg 3 fois par semaine, IV ou SC Débuter lorsque l’hémoglobine est inférieure à 10 g/dL ; réduire ou arrêter à l’approche de 11 g/dL sous dialyse
Anémie due à la zidovudine dans le VIH 100 unités/kg 3 fois par semaine Zidovudine ≤ 4 200 mg/semaine et EPO sérique ≤ 500 mU/mL
Anémie due à une chimiothérapie myélosuppressive 150 unités/kg SC 3 fois par semaine ou 40 000 unités SC par semaine Hémoglobine inférieure à 10 g/dL et au moins 2 mois supplémentaires de chimiothérapie prévus ; arrêter à la fin du traitement
Réduction des transfusions en chirurgie programmée non cardiaque et non vasculaire 300 unités/kg par jour pendant 15 jours, ou 600 unités/kg par semaine × 4 doses Hémoglobine supérieure à 10 et ≤ 13 g/dL ; prophylaxie de la TVP recommandée

La notice énumère aussi des limites d’utilisation. Il n’a pas été démontré que l’époétine alfa améliore la qualité de vie, la fatigue ou le bien-être. Elle n’est pas indiquée lorsque la chimiothérapie anticancéreuse vise la guérison, chez les patients atteints de cancer recevant uniquement une hormonothérapie, une thérapie biologique ou une radiothérapie, en chirurgie cardiaque ou vasculaire, ni comme substitut à la transfusion lorsque l’anémie doit être corrigée immédiatement.

Pour la MRC, la notice indique de ne pas augmenter la dose plus souvent que toutes les 4 semaines, de la réduire d’au moins 25 % si l’hémoglobine augmente de plus de 1 g/dL sur une période quelconque de 2 semaines, et précise qu’augmenter encore la dose après une période d’escalade de 12 semaines a peu de chances d’être utile et peut accroître le risque.

Ce que montre la recherche

Anémie de la maladie rénale

Dans 13 études portant sur 1 010 patients dialysés recevant de l’époétine alfa IV, plus de 90 % ont vu leur hémoglobine s’améliorer, et dans les trois plus grandes études, plus de 95 % ont évité les transfusions. Dans un essai en double aveugle de 26 semaines mené chez 118 patients dialysés partant d’environ 7 g/dL, l’hémoglobine est montée à environ 11 g/dL sous époétine alfa et n’a pas changé sous placebo. La tolérance à l’effort et la fonction physique rapportée par les patients se sont également améliorées (notice d’Epogen).

Des cibles d’hémoglobine plus élevées sont nocives

Trois grands essais randomisés ont testé si viser une hémoglobine quasi normale dans la MRC serait bénéfique pour le cœur ou les reins. Tous trois ont constaté des résultats cardiovasculaires plus défavorables dans le groupe à cible élevée et aucun ralentissement de l’insuffisance rénale (notice d’Epogen) :

Essai (n) Population Cible d’hémoglobine, élevée vs basse Principal effet indésirable, cible élevée
Normal Hematocrit Study (1 265) Hémodialysés avec insuffisance cardiaque ou maladie coronarienne 14 vs 10 g/dL Mortalité toutes causes HR 1,27 (IC à 95 % 1,04–1,54) ; 35 % vs 29 % de décès
CHOIR (1 432) MRC non dialysée 13,5 vs 11,3 g/dL Événements cardiovasculaires majeurs 18 % vs 14 %, HR 1,34 (IC à 95 % 1,03–1,74)
TREAT (4 038), darbépoétine MRC avec diabète de type 2, non dialysée 13 vs placebo (secours sous 9 g/dL) AVC 2,1 % vs 1,1 % par an, HR 1,92 (IC à 95 % 1,38–2,68)

La notice précise qu’aucun essai n’a identifié de cible d’hémoglobine, de dose ou de stratégie posologique permettant d’éviter ces risques.

Patients atteints de cancer

Les ASE réduisent les transfusions dans l’anémie liée à la chimiothérapie, mais des essais ont montré une survie plus courte ou une croissance tumorale plus rapide. Dans un essai contrôlé contre placebo mené chez 939 femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique, la survie à 12 mois était de 70 % sous époétine alfa vs 76 % sous placebo (HR 1,37, IC à 95 % 1,07–1,75), et l’essai a été arrêté prématurément (notice d’Epogen).

Une méta-analyse a regroupé les données individuelles de 53 essais et de 13 933 patients atteints de cancer ayant reçu de l’époétine alfa, de l’époétine bêta ou de la darbépoétine. Les ASE ont augmenté la mortalité pendant la période d’étude active (HR combiné 1,17, IC à 95 % 1,06–1,30) et dégradé la survie globale (HR 1,06, IC à 95 % 1,00–1,12) (Bohlius et al., Lancet 2009).

Performance d’endurance chez des athlètes en bonne santé

Dans des essais contrôlés chez des hommes en bonne santé, l’EPO a augmenté l’hématocrite et les mesures de laboratoire de la capacité aérobie. On sait moins bien si cela se traduit par des courses plus rapides en conditions réelles.

Étude Plan et n Schéma Principaux résultats
Birkeland et al., MSSE 2000 ECR en double aveugle, 20 athlètes masculins 5 000 unités 3 fois par semaine pendant 4 semaines Hématocrite de 42,7 % à 50,8 % ; VO2max +7 % (de 63,6 à 68,1 mL/kg/min)
Heuberger et al., Lancet Haematol 2017 ECR en double aveugle, 48 cyclistes amateurs entraînés Époétine bêta, moyenne de 6 000 UI/semaine SC pendant 8 semaines VO2max 60,1 vs 57,4 mL/kg/min ; puissance maximale 351,6 vs 341,2 W ; aucune différence au test sous-maximal de 45 min ni sur le temps de course du mont Ventoux

La VO2max est le débit maximal auquel l’organisme peut utiliser l’oxygène. À noter : l’essai de Heuberger a utilisé l’époétine bêta, une EPO recombinante étroitement apparentée, et non l’époétine alfa.

« L’EPO ajoute un gain fixe à la performance en course. » Les données sont contrastées. Les tests d’effort maximal en laboratoire s’améliorent, mais dans le seul essai contrôlé contre placebo comportant une course sur route, les temps de course n’ont pas différé (1 h 40 min 32 s vs 1 h 40 min 15 s). Cet essai a recruté des cyclistes non professionnels et n’a testé qu’une seule ascension ; il n’exclut donc pas des effets en compétition d’élite (Heuberger et al., Lancet Haematol 2017).

Effets indésirables et risques

Avertissement encadré

Les notices d’Epogen, de Procrit et de Retacrit portent cet avertissement encadré, commun aux autres ASE (notice d’Epogen) :

  • MRC : viser une hémoglobine supérieure à 11 g/dL a augmenté le risque de décès, d’événements cardiovasculaires graves et d’AVC. Utiliser la dose la plus faible permettant de réduire les transfusions.
  • Cancer : les ASE ont raccourci la survie globale et/ou augmenté la progression ou la récidive tumorale dans les cancers du sein, du poumon non à petites cellules, de la tête et du cou, lymphoïdes et du col de l’utérus. À utiliser uniquement pour l’anémie due à une chimiothérapie myélosuppressive et à arrêter à la fin du traitement.
  • Chirurgie : une prophylaxie de la thrombose veineuse profonde (TVP) est recommandée en raison d’un risque accru de TVP.

Dans un essai mené chez 680 patients opérés du rachis ne recevant pas d’anticoagulants, une TVP est survenue chez 4,7 % des patients sous époétine alfa vs 2,1 % avec les soins standard seuls. Dans un essai en chirurgie de pontage coronarien, 7 patients sur 126 sous Epogen sont décédés vs aucun des 56 sous placebo.

Effets indésirables fréquents

Dans des essais contrôlés contre placebo chez des patients dialysés, les effets suivants sont survenus plus souvent sous époétine alfa (notice d’Epogen) :

Effet indésirable Epogen (n = 148) Placebo (n = 96)
Hypertension 27,7 % 12,5 %
Arthralgie (douleurs articulaires) 16,2 % 3,1 %
Pyrexie (fièvre) 10,1 % 8,3 %
Vertiges 9,5 % 8,3 %
Coagulation du circuit de dialyse 8,1 % 4,2 %
Thrombose de l’abord vasculaire 8,1 % 2,1 %

Pression artérielle et convulsions

Environ 25 % des patients dialysés ont eu besoin d’un nouveau traitement antihypertenseur ou d’une augmentation de celui-ci après le début de l’époétine alfa. Des encéphalopathies hypertensives et des convulsions ont été rapportées, et la notice indique que le médicament augmente le risque de convulsions dans la MRC. Une hypertension non contrôlée est une contre-indication.

Érythroblastopénie

Rarement, des patients développent des anticorps qui neutralisent à la fois le médicament et leur propre EPO. Cela provoque une érythroblastopénie (aplasie érythrocytaire pure, PRCA), une anémie sévère dans laquelle la moelle cesse de produire des globules rouges. Une série de cas a décrit 13 patients de ce type atteints d’insuffisance rénale chronique (Casadevall et al., NEJM 2002). De nombreux cas ont été associés à Eprex après une modification de formulation en 1998 qui a remplacé l’albumine humaine par du polysorbate 80 (Schellekens & Jiskoot, J Immunotoxicol 2006). La notice américaine indique d’arrêter définitivement le traitement et de ne pas passer à un autre ASE si une érythroblastopénie survient.

Autres mises en garde et contre-indications

La notice mentionne également :

  • des réactions allergiques graves, notamment anaphylaxie et angio-œdème ;
  • des réactions cutanées sévères, notamment syndrome de Stevens-Johnson et nécrolyse épidermique toxique ;
  • une perte de réponse, qui impose de rechercher des causes comme une carence en fer, une infection, une inflammation ou un saignement ;
  • l’alcool benzylique des flacons multidoses, contre-indiqué chez les nouveau-nés, les nourrissons et les femmes enceintes ou allaitantes (« gasping syndrome » chez le nourrisson) ;
  • un besoin accru d’héparine pendant l’hémodialyse pour éviter la coagulation du circuit.

Risques de l’usage non médical

Il n’existe pas de données contrôlées de sécurité à long terme sur le mésusage de l’EPO chez des athlètes en bonne santé. Dans l’essai de 8 semaines chez des cyclistes, les événements indésirables étaient légers (grade 1–2) et similaires au placebo (Heuberger et al., Lancet Haematol 2017), mais cet essai était de petite taille et étroitement surveillé. Les signaux cliniques ci-dessus (cibles d’hémoglobine élevées, coagulation, hausse de la pression artérielle) sont les principales préoccupations documentées, et des revues décrivent les risques pour la santé du mésusage des ASE comme potentiellement irréversibles (Salamin et al., Mol Cell Endocrinol 2018).

Surveillance

La notice fixe ces points de contrôle :

Quoi Quand
Statut martial (ferritine, saturation de la transferrine) Avant et pendant le traitement
Hémoglobine Au moins une fois par semaine après le début ou un changement de dose jusqu’à stabilisation, puis au moins une fois par mois (MRC)
Contrôle de la pression artérielle Avant et pendant le traitement
Symptômes neurologiques Étroitement pendant les premiers mois (MRC)
Anticorps anti-EPO En cas d’anémie sévère avec un faible nombre de réticulocytes

Dopage et détection

Statut AMA

La Liste des interdictions 2026 de l’AMA interdit les érythropoïétines en permanence, en et hors compétition, sous S2.1.1 (agonistes du récepteur de l’érythropoïétine). La même classe nomme les darbépoétines, l’EPO-Fc, le CERA et les peptides mimétiques de l’EPO. Toutes les substances S2 sont non spécifiées. Les classes apparentées comprennent les médicaments activant les HIF comme le roxadustat et le daprodustat (S2.1.2), et la méthode M1 interdit les transfusions sanguines et toute autre manipulation du sang.

Détection directe

En 2000, le laboratoire national antidopage français a publié un test urinaire qui distingue l’EPO recombinante de l’EPO naturelle par focalisation isoélectrique, une technique qui trie les variants protéiques selon leur charge électrique (Lasne & de Ceaurriz, Nature 2000). L’EPO urinaire naturelle n’est présente qu’à environ 1 UI/L et présente plus de 10 variants de charge, et ce profil change nettement après administration de l’hormone recombinante (Lasne et al., Anal Biochem 2002). Des méthodes d’électrophorèse sur gel (SAR-PAGE et SDS-PAGE) sont désormais aussi utilisées (Martin et al., Drug Test Anal 2021).

Comme la demi-vie IV n’est que de quelques heures, la fenêtre de détection directe est courte (Dehnes et al., Drug Test Anal 2013). Dans une étude portant sur de petites « microdoses » répétées, des méthodes améliorées ont détecté l’EPO dans le sang et l’urine 24–72 h après une dose. La SDS-PAGE urinaire a identifié 100 % des échantillons à 48 h et 91 % à 72 h (Martin et al., Drug Test Anal 2021).

Détection indirecte

Depuis décembre 2009, l’AMA applique les lignes directrices du passeport biologique de l’athlète. Le passeport suit dans le temps les marqueurs des globules rouges et des réticulocytes d’un athlète et signale les variations non physiologiques. Cela permet de constituer des dossiers même lorsque le produit lui-même n’est plus détectable (Jelkmann & Lundby, Blood 2011). Dans un des premiers essais, un marqueur sanguin de la production de globules rouges (le récepteur soluble de la transferrine) n’est resté élevé qu’environ 1 semaine après l’EPO, alors que le gain de VO2max a duré plus longtemps (Birkeland et al., MSSE 2000).

Points clés

  • Une copie d’une hormone naturelle. L’époétine alfa a la même séquence d’acides aminés que l’EPO humaine et augmente la production de globules rouges, l’hémoglobine montant sur 2–6 semaines.
  • Autorisée pour des anémies précises. Les usages de la notice sont l’anémie due à la MRC, à la zidovudine et à une chimiothérapie myélosuppressive, ainsi que la réduction des transfusions dans certaines chirurgies programmées.
  • Plus n’est pas mieux. Les essais visant une hémoglobine de 13–14 g/dL ont augmenté le risque de décès, d’infarctus, d’AVC et de caillots, et les ASE ont raccourci la survie dans plusieurs cancers.
  • Des gains en laboratoire, des gains en course incertains. Chez des hommes en bonne santé, l’EPO a augmenté l’hématocrite et la VO2max, mais le seul essai contrôlé contre placebo avec course sur route n’a trouvé aucune différence de temps de course.
  • Interdite et détectable. L’AMA interdit l’EPO et ses apparentés à action prolongée en permanence ; les tests urinaires et sanguins détectent un usage récent, et le passeport biologique de l’athlète suit ses effets dans le temps.

Sources

  1. Amgen. Epogen (epoetin alfa) injection, notice américaine (prescribing information). DailyMed.
  2. Janssen Products. Procrit (epoetin alfa) injection, notice américaine (prescribing information). DailyMed.
  3. Pfizer. Retacrit (epoetin alfa-epbx) injection, notice américaine (prescribing information). DailyMed.
  4. Amgen. Aranesp (darbepoetin alfa) injection, notice américaine (prescribing information). DailyMed.
  5. Vifor (International). Mircera (methoxy polyethylene glycol-epoetin beta) injection, notice américaine (prescribing information). DailyMed.
  6. World Anti-Doping Agency. World Anti-Doping Code International Standard: Prohibited List 2026. Liste des interdictions 2026 de l’AMA.
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  10. Lundby C, Thomsen JJ, Boushel R, et al. Erythropoietin treatment elevates haemoglobin concentration by increasing red cell volume and depressing plasma volume. J Physiol. 2007;578(Pt 1):309–314. PubMed.
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