Compléments alimentaires

Higénamine

L’higénamine, aussi appelée norcoclaurine ou déméthylcoclaurine, est un alcaloïde végétal qui stimule les récepteurs bêta-adrénergiques, la même famille de récepteurs que ciblent l’albutérol et le clenbutérol. Elle augmente la fréquence cardiaque et la force de contraction du cœur. Elle a été vendue aux États-Unis dans des compléments « brûle-graisses » et pré-entraînement, souvent avec de la caféine, et a été testée dans des mélanges contenant du yohimbe, la source végétale de la yohimbine.

Trois faits définissent son statut. L’Agence mondiale antidopage (AMA) l’interdit en permanence depuis 2017. La FDA (agence américaine du médicament) considère comme frelatés les compléments alimentaires qui en contiennent et a cité son « potentiel d’effets cardiotoxiques graves ». Et en Chine, une forme injectable a été approuvée en 2026 comme médicament pour les tests d’effort cardiaques, un usage sans rapport avec la perte de graisse ou la performance. Les preuves contrôlées pour la voie orale se limitent à trois petites études, et aucune ne montre que l’higénamine elle-même provoque une perte de graisse ou améliore la performance.

Cette page résume ce que rapportent les études cliniques, les laboratoires antidopage et les autorités de réglementation. Elle a une visée uniquement éducative et ne constitue pas un avis médical.

Propriété Détail
Classe Alcaloïde de type benzylisoquinoléine ; agoniste bêta-adrénergique
Autres noms Norcoclaurine, déméthylcoclaurine
Formule C₁₆H₁₇NO₃ ; masse moléculaire relative 271,3
Sources végétales Aconitum (aconit), plumule de lotus, Nandina domestica, Tinospora crispa, fruits d’Annona et autres
Usage médical approuvé Chine uniquement (2026) : injection pour l’imagerie de perfusion myocardique de stress ; 2,5 mg par 2 mL dans la demande de mise sur le marché
Doses orales étudiées 75 mg/jour pendant 21 jours ; gélules de 50 mg pendant 8 semaines ; quantités non communiquées dans un mélange
Demi-vie ≈8 min dans le plasma après administration IV (0,133 h) ; 4–27 h estimées à partir des urines après administration orale
Statut aux États-Unis Aucun médicament approuvé par la FDA trouvé ; la FDA considère comme frelatés les compléments qui en contiennent
Statut AMA Interdite en permanence ; S3 agonistes bêta-2 ; substance spécifiée ; aucune exception pour l’higénamine

Qu’est-ce que c’est

L’higénamine a été isolée pour la première fois en 1976 à partir de la racine d’Aconitum et identifiée comme un composé stimulant le cœur. Sa structure ressemble à celle des catécholamines, la famille qui comprend l’adrénaline (Wen et al., Front Pharmacol 2022).

Une revue de 2022 cite ces plantes comme en contenant : Nelumbo nucifera (lotus), Tinospora crispa, Nandina domestica, Gnetum parvifolium, deux espèces d’Asarum, Aconitum carmichaelii et Aristolochia brasiliensis (Kozhuharov et al., Plants 2022). Dans les compléments, elle peut provenir d’un ingrédient végétal ou être ajoutée sous forme de composé de synthèse, souvent en quantités de l’ordre du milligramme (Leaney et al., Drug Test Anal 2023). L’injection chinoise est fabriquée par synthèse chimique (communiqué de Rundu, 2024).

Activité sur les récepteurs

La plupart des données sur les récepteurs proviennent de cellules et de tissus isolés :

  • Bêta-2. Dans des cellules exprimant des récepteurs bêta-2 humains, l’higénamine avait une puissance de 230 nM et se comportait comme un agoniste quasi complet, avec plus de 80 % de l’effet maximal de l’adrénaline. Une étude plus ancienne, résumée dans le même article, l’a trouvée environ 10 fois moins puissante que le salbutamol (albutérol) (Hudzik et al., Drug Test Anal 2021).
  • Bêta-1. Elle est généralement décrite comme un agoniste bêta non sélectif. L’activité bêta-1 explique l’augmentation de la fréquence cardiaque et de la contractilité (Wen et al. 2022).
  • Alpha. Les résultats sont moins tranchés. La même revue décrit une activation des récepteurs alpha et rapporte aussi que l’higénamine a été identifiée comme antagoniste alpha-1, ce qui pourrait contribuer à expliquer son effet hypotenseur dans certains modèles.

Les sources divergent aussi sur la manière de la qualifier. Le fabricant chinois la qualifie d’agoniste bêta partiel, alors que le test cellulaire sur récepteurs bêta-2 humains mentionné plus haut a montré un agonisme quasi complet. On ne doit donc pas supposer que les effets de l’higénamine correspondent à ceux d’un médicament bêta-2 sélectif.

Pharmacocinétique

Les principales données plasmatiques publiées chez l’humain proviennent d’une étude de phase I menée chez 10 volontaires chinois en bonne santé. Ils ont reçu une perfusion IV à débit croissant de 0,5 à 4,0 μg/kg/min, chaque palier durant 3 minutes (Feng et al., Acta Pharmacol Sin 2012). Un auteur était rattaché à Zhuhai Rundu Pharmaceutical, l’entreprise qui a obtenu plus tard l’approbation en Chine.

Paramètre Résultat (IV, adultes en bonne santé)
Concentration maximale 15,1–44,0 ng/mL
Demi-vie 0,133 h, soit ≈8 min (intervalle 0,107–0,166 h)
Volume de distribution 48 L (intervalle 30,8–80,6 L)
Clairance totale 249 L/h (intervalle 199–336 L/h)
Médicament inchangé dans les urines en 8 h 9,3 % (intervalle 4,6 %–12,4 %)
Modèle de fréquence cardiaque Valeur initiale 68 bpm ; effet maximal du médicament (Emax) 73 bpm ; effet semi-maximal à 8,1 μg/L

Pourquoi deux demi-vies très différentes apparaissent

La valeur de 8 minutes et celle de 4–27 heures mesurent des choses différentes. La première correspond à l’élimination plasmatique après une brève perfusion IV. La seconde provient d’une étude menée chez des basketteuses prenant des gélules orales à répétition, et elle a été estimée à partir des urines, avec de grandes différences entre les individus. Les concentrations urinaires sont restées supérieures à 10 ng/mL pendant au moins 20 heures après la dernière dose chez toutes les participantes (Stojanovic et al., J Chromatogr B 2024).

L’absorption orale est mal définie

Les données plasmatiques chez l’humain après administration orale sont rares. Des études chez le lapin et le rat suggèrent une biodisponibilité orale très faible, et aucune étude ne permet de comparer directement des doses orales et IV chez l’humain (Rasic et al., Front Psychol 2021). Malgré cela, de petites quantités prises par voie orale atteignent nettement les urines, ce qui a conduit Food Standards Australia New Zealand (FSANZ, organisme des normes alimentaires d’Australie et de Nouvelle-Zélande) à conclure que l’higénamine est biodisponible par voie orale (FSANZ 2021).

Une étude de modélisation informatique de 2025 a extrapolé des données cellulaires à des doses pour l’organisme entier. Elle a prédit que les apports en compléments rapportés atteignent ou dépassent les doses nécessaires pour activer les récepteurs adrénergiques, et elle a désigné l’higénamine comme une priorité élevée pour l’évaluation des risques (Pinckaers et al., Arch Toxicol 2025). Il s’agit d’une prédiction, pas d’une mesure chez l’humain.

Usage médical : test d’effort cardiaque IV en Chine

Le test d’effort pharmacologique utilise un médicament pour imiter l’effet de l’exercice sur le cœur chez des patients qui passent une imagerie cardiaque. Des chercheurs chinois étudient l’higénamine IV dans ce but, ainsi que pour les rythmes cardiaques lents, depuis au moins 1980. Une revue rassemble ces études chez l’humain (Wen et al. 2022) :

Population n Schéma Effet rapporté
Volontaires sains (phase I) 10 Perfusion à débit croissant de 0,5 à 4 μg/kg/min Fréquence cardiaque augmentée ; pression diastolique diminuée
Volontaires sains (tolérance) 32 Même perfusion à débit croissant Fréquence cardiaque augmentée ; pression diastolique diminuée
Cardiopathie confirmée ou suspectée 120 Même perfusion à débit croissant Fréquence cardiaque augmentée ; pression diastolique diminuée
Cardiopathie suspectée 71 Même perfusion à débit croissant Fréquence cardiaque augmentée ; pression diastolique diminuée
Bloc cardiaque 68 Perfusion IV lente de 2,5 mg Fréquence cardiaque augmentée ; pression artérielle variable
Maladie du sinus 22 Perfusion IV lente de 2,5 mg Fréquence cardiaque augmentée
Cardiopathie (fonction ventriculaire gauche) 19 Perfusion IV lente de 2,5 mg Fréquence cardiaque et débit cardiaque augmentés

Le tableau de la revue indique ces débits de perfusion en mg/kg/min, mais l’article de phase I qu’elle cite rapporte des μg/kg/min ; ce sont donc des μg qui sont indiqués ici.

Dans une étude pékinoise randomisée en simple aveugle, l’injection d’higénamine a été comparée à l’adénosine, avec la coronarographie comme référence. Le résumé ne rapporte aucune différence statistiquement significative d’efficacité ou de sécurité, mais il ne donne ni le nombre de patients ni les chiffres de précision (Tian et al., Chin J Clin Pharmacol 2012).

Le communiqué du fabricant de 2024 décrit un essai croisé de phase IIIb, multicentrique et randomisé, avec comparateur actif, dirigé par le Peking Union Medical College Hospital. L’entreprise indique que les réactions indésirables étaient légères et se sont résolues rapidement à l’arrêt de la perfusion, mais le communiqué ne donne aucun chiffre (communiqué de Rundu, 2024). En avril 2026, l’entreprise a annoncé que la National Medical Products Administration de Chine avait délivré un certificat d’enregistrement. Elle présente le produit comme le seul agent de stress agoniste bêta pour l’imagerie de perfusion myocardique approuvé en Chine (Yicai, 2026). Nous nous sommes appuyés sur les déclarations de l’entreprise et n’avons pas trouvé de données publiées sur la précision en phase III.

Cette approbation n’étaye pas l’usage en complément. Elle porte sur une petite dose IV surveillée, administrée en milieu clinique pour explorer le cœur. La dose indiquée dans la demande de mise sur le marché était de 2,5 mg par 2 mL, alors que les compléments testés aux États-Unis contenaient jusqu’à 62 mg par portion par voie orale. Les deux voies ne peuvent pas être comparées directement, car aucune équivalence entre dose orale et dose IV n’a été établie.

Ce que montre la recherche

Perte de graisse et performance

Seules trois études contrôlées chez l’humain portant sur l’higénamine orale ont été trouvées, et elles répondent à des questions différentes :

Étude Qui Ce qui a été administré Résultat
Lee et al., Lipids Health Dis 2013 16 jeunes adultes en bonne santé (8 hommes, 8 femmes) ; essai croisé en double aveugle Dose unique d’un mélange : higénamine (quantité non communiquée), caféine 270 mg, extrait de yohimbe ; ou placebo Acides gras libres et dépense calorique plus élevés sur 3 heures (≈10 kcal/heure au-dessus du placebo). Glycérol et utilisation des substrats énergétiques (RER) inchangés. Fréquence cardiaque supérieure d’environ 3 bpm ; pression systolique supérieure d’environ 12 mmHg
Bloomer et al., Hum Exp Toxicol 2015 48 hommes, répartis en 4 groupes Placebo, higénamine, caféine, ou higénamine plus caféine plus yohimbe, tous les jours pendant 8 semaines Étude de sécurité. Aucune modification significative des signes vitaux, de la numération sanguine, des enzymes hépatiques, du bilan métabolique ou des lipides. La perte de graisse et la performance n’étaient pas ses critères déclarés
Rasic et al., Front Psychol 2021 12 basketteuses amateurs de 29–41 ans (14 randomisées) ; 6 par groupe Higénamine 75 mg/jour en 3 prises, ou placebo, pendant 21 jours Aucune différence sur la masse grasse (p = 0,223), le métabolisme de repos (p = 0,169), les acides gras libres (p = 0,206) ni les tests d’effort

Plusieurs limites s’appliquent :

  • Lee 2013 ne permet pas d’isoler l’higénamine. La caféine et la yohimbine agissent d’elles-mêmes sur la libération de graisse et la dépense calorique. Les auteurs reconnaissent que leur plan d’étude ne pouvait pas séparer les trois ingrédients, et le travail a été financé en partie par USPlabs, une entreprise de compléments alimentaires. L’effet du complément sur la perte de poids n’a pas été mesuré.
  • Rasic 2021 est le seul essai portant sur l’higénamine seule qui ait mesuré la perte de graisse et la performance, mais il est très petit. Les auteurs indiquent que 6 personnes par groupe étaient trop peu pour certains critères. Leur suggestion selon laquelle l’higénamine ne montre aucune activité agoniste bêta à cette dose va plus loin que ce qu’un essai de cette taille peut établir, et elle ne vaut que pour les femmes étudiées.
  • Bloomer 2015 est une étude de sécurité. La dose par gélule (50 mg) provient d’une revue ultérieure ; le résumé n’indique pas la dose.

Nous n’avons trouvé aucun essai contrôlé montrant que l’higénamine seule provoque une perte de graisse, développe la masse musculaire ou améliore la performance à l’exercice chez l’humain. L’idée selon laquelle elle agit « comme le clenbutérol » repose sur la pharmacologie des récepteurs, pas sur des données de résultats. Pour d’autres pages sur des stimulants apparentés, voir caféine, éphédrine et yohimbine.

Autres usages proposés

Les revues décrivent des effets cardioprotecteurs, antifibrotiques et antioxydants (Wen et al. 2022). La plupart de ces travaux ont été menés sur des cellules ou des animaux, et les effets bronchodilatateurs n’ont été montrés que dans des modèles non humains (Rasic et al. 2021). Ces résultats ne démontrent pas de bénéfice chez l’humain.

Exactitude de l’étiquetage et qualité des produits

La principale analyse du marché américain a testé les 24 compléments identifiés comme mentionnant l’higénamine ou un synonyme dans leur liste d’ingrédients, avant l’entrée en vigueur de l’interdiction de l’AMA (Cohen et al., Clin Toxicol 2019) :

  • 11 produits sur 24 (46 %) étaient commercialisés pour la perte de poids et 11 autres (46 %) pour le sport ou l’énergie.
  • La teneur en higénamine allait de traces à 62 ± 6,0 mg par portion.
  • Suivre les indications de l’étiquette pouvait représenter jusqu’à 110 ± 11 mg/jour.
  • Seuls 5 produits sur 24 (21 %) indiquaient une quantité, et aucun de ces 5 n’était exact. La teneur réelle allait de moins de 0,01 % à 200 % de la quantité déclarée.

D’autres rapports vont dans le même sens. Une enquête de laboratoire australienne de 2018 citée par la FSANZ a trouvé de l’higénamine dans 10 % des compléments pré-entraînement ou brûle-graisses choisis au hasard, et la FSANZ avertit que les produits peuvent ne pas indiquer la quantité (FSANZ 2021). Par conséquent, la quantité présente dans un produit donné ne peut pas être jugée d’après son étiquette. Le DMHA est un autre stimulant de cette catégorie de produits et a sa propre page.

Effets secondaires et risques

Effets cardiovasculaires

La fréquence cardiaque a augmenté de façon constante dans les études IV, avec des effets variables sur la pression artérielle. Les réactions indésirables rapportées avec l’usage IV comprennent essoufflement, palpitations, étourdissements, maux de tête et oppression thoracique (Wen et al. 2022). Ces effets sont survenus sous surveillance médicale et avec de courtes perfusions ; ils n’établissent donc pas de dose orale sûre.

Les données orales ne sont rassurantes que dans des limites étroites. Les essais de Bloomer et de Rasic ont inclus 60 participants en bonne santé en tout, tous groupes confondus, dont une partie seulement a pris de l’higénamine, pendant 8 semaines au plus. Ils n’étaient pas dimensionnés pour détecter des événements cardiaques rares. Dans l’essai de Rasic, 4 femmes sur 6 prenant de l’higénamine ont rapporté des symptômes passagers (maux de tête chez 3, bouche sèche chez 1), contre des maux de tête chez 2 sur 6 sous placebo. La description de la dose comme « sûre » par les auteurs doit être lue en tenant compte de cette taille d’échantillon. La FSANZ a conclu que la sécurité de l’higénamine n’a pas été testée de manière adéquate, en particulier par voie orale, et que les seuils de nocivité d’une exposition orale ne peuvent pas être déterminés (FSANZ 2021).

Résultats précliniques

Ces résultats proviennent de systèmes de laboratoire et ne peuvent pas être appliqués directement à l’humain :

  • Lignée de cellules cardiaques humaines. L’higénamine à 31,3 et 313 ng/mL a augmenté la fréquence des battements, et l’ajout de caféine l’a augmentée davantage. Cette association est pertinente parce que la caféine accompagne souvent l’higénamine dans les produits. Le travail a été réalisé par des scientifiques de la FDA (Calvert et al., Food Chem Toxicol 2015).
  • Rats. Chez des rats éveillés recevant des doses IV croissantes, l’higénamine a augmenté la fréquence cardiaque jusqu’à 110 bpm. Les auteurs avertissent que de tels composés pourraient s’ajouter à la contrainte cardiovasculaire pendant l’exercice (Pinckaers et al., Eur J Pharmacol 2026).
  • Souris. La dose létale médiane rapportée était de 58,9 mg/kg par voie IV, de 300 mg/kg dans la cavité abdominale et de 3,35 g/kg par voie orale (Wen et al. 2022).
  • Lésions chromosomiques en culture cellulaire. Une étude de 2026 sur des cellules V79 en culture a trouvé des lésions chromosomiques (micronoyaux) à 300–510 μM, mais aucune mutation génique au locus testé. C’est la première preuve de ce type. Les concentrations sont élevées par rapport aux niveaux en ng/mL mesurés dans le plasma humain, et nous n’avons trouvé aucun suivi chez l’animal ou chez l’humain (Veh et al., Toxicol Lett 2026).

Cas rapportés

Un homme de 22 ans a développé une rhabdomyolyse (destruction musculaire) des muscles du dos, avec un possible syndrome des loges, après une activité intense et la prise d’un complément pour l’exercice contenant de l’higénamine. Ses reins n’ont pas été atteints, mais il a eu des douleurs pendant les 4 mois suivants (Jeter et al., Mil Med 2015). L’exercice intense et les autres composants du produit ont pu y contribuer ; un seul cas ne peut donc pas établir de cause. La recherche bibliographique de la FSANZ jusqu’en février 2020 n’a trouvé que ce cas, et notre recherche dans PubMed n’a trouvé aucun autre cas rapporté mentionnant l’higénamine. Une courte liste de cas publiés ne démontre pas que l’higénamine est sûre.

Source végétale et interactions

  • Aconit. Les plantes du genre Aconitum sont toxiques et peuvent provoquer un empoisonnement cardiaque mortel (OPSS, 2022). Dans du tissu cardiaque isolé de souris, l’higénamine a renforcé le rythme cardiaque rapide provoqué par l’aconitine (Wen et al. 2022).
  • Associations de stimulants. La FSANZ note que l’higénamine est souvent associée à d’autres substances qui agissent sur la pression artérielle, comme la caféine, et que les effets de ces mélanges sont inconnus.
  • Saignements. L’higénamine inhibe l’agrégation plaquettaire dans des travaux de laboratoire. La FSANZ indique que cela pourrait augmenter le risque de saignement chez les personnes atteintes de troubles de la coagulation, sous anticoagulants ou dont une intervention chirurgicale est prévue.
  • Métabolisme des médicaments. La FSANZ note aussi qu’elle inhibe certaines enzymes hépatiques et pourrait modifier le métabolisme de médicaments prescrits. Aucune étude d’interaction chez l’humain n’a été trouvée.
  • Groupes à plus haut risque. La FSANZ considère que les personnes présentant des troubles préexistants de la fréquence cardiaque ou de la pression artérielle sont les plus exposées.

Statut réglementaire

États-Unis

La FDA a pris ces positions :

  • Septembre 2021. Une lettre d’avertissement (warning letter) indiquait que l’higénamine est un nouvel ingrédient alimentaire dont la sécurité n’est pas démontrée, que les produits qui en contiennent sont frelatés, et que « les preuves disponibles soulignent le potentiel de l’higénamine à provoquer des effets cardiotoxiques graves » (lettre d’avertissement de la FDA, Condemned Labz, 2021).
  • Mai 2022. Une nouvelle série de lettres a reposé sur deux théories juridiques. L’higénamine, en tant que constituant de l’aconit, de l’asaret, du lotus et d’autres plantes, est un nouvel ingrédient alimentaire pour lequel la FDA n’a reçu aucune notification de sécurité. Le chlorhydrate d’higénamine n’est pas du tout un ingrédient alimentaire et est considéré comme un additif alimentaire non sûr (lettre d’avertissement de la FDA, Steel Supplements, 2022).
  • Contrôles à l’importation. L’Import Alert 54-18 (alerte à l’importation) permet de retenir les compléments alimentaires et les ingrédients en vrac contenant de nouveaux ingrédients alimentaires dont les informations de sécurité sont insuffisantes. L’higénamine figure dans les descriptions de produits de certaines entreprises listées dans la version datée du 27 juin 2025 (FDA Import Alert 54-18).
  • Liste de mise en garde. La FSANZ indique que l’higénamine figurait sur la Dietary Supplement Ingredient Advisory List (liste de mise en garde sur les ingrédients de compléments alimentaires) de la FDA dès sa création, en avril 2019 (FSANZ 2021). Nous n’avons pas pu ouvrir la version actuelle de cette liste.

Nous n’avons trouvé aucune règle ni interdiction propre à l’higénamine. La position de la FDA a été appliquée par des lettres d’avertissement et des contrôles à l’importation ; des produits peuvent donc encore apparaître sur le marché.

Le ministère de la Défense des États-Unis inscrit lui aussi l’higénamine sur sa liste d’ingrédients de compléments alimentaires interdits, d’après une page d’Operation Supplement Safety mise à jour pour la dernière fois en mars 2022 (OPSS, 2022).

Australie

La déclaration de risque de la FSANZ sur les aliments importés, mise à jour pour la dernière fois en décembre 2021, indique que l’higénamine n’a aucun historique d’usage sûr comme aliment en Australie et n’est pas explicitement autorisée comme aliment nouveau. À cette date, elle n’était pas inscrite à un Schedule par la Therapeutic Goods Administration (agence australienne des produits thérapeutiques) (FSANZ 2021).

Chine

Voir la section ci-dessus sur le test d’effort IV. L’approbation ne couvre que l’injection.

Antidopage et sources alimentaires

Comment l’AMA la classe

La Liste des interdictions 2026 de l’AMA cite l’higénamine sous S3, agonistes bêta-2 :

  • Elle est interdite en permanence, en et hors compétition.
  • Toutes les substances de S3 sont des substances spécifiées.
  • Les exceptions de dose de S3 ne concernent que le salbutamol, le formotérol, le salmétérol et le vilantérol inhalés. L’higénamine ne bénéficie d’aucune exception.

Par ailleurs, les laboratoires antidopage décrivent un seuil minimal de déclaration de 10 ng/mL pour l’higénamine libre (non conjuguée) dans les urines (Leaney et al. 2023). Il s’agit d’une règle de déclaration. Ce n’est pas une quantité autorisée, et cela ne signifie pas que la prise est permise. Nous n’avons pas pu ouvrir directement le document technique actuel de l’AMA ; ce chiffre est donc tiré de la littérature de laboratoire.

L’higénamine a représenté 46 résultats d’analyse anormaux en 2019, soit 30 % du total de S3 (Leaney et al. 2023). Une revue citant un rapport de l’AMA de 2020 donne 26 cas, au deuxième rang parmi les agonistes bêta-2. Elle n’indique pas l’année des contrôles, de sorte que les deux décomptes ne sont peut-être pas comparables. La même revue rapporte des sanctions américaines de 10 à 20 mois dans des cas liés à des compléments (Kozhuharov et al. 2022).

Quels aliments et plantes peuvent provoquer un test positif

Le risque dépend fortement de la source et de la quantité consommée :

Source Étude Résultat urinaire Au-dessus de 10 ng/mL ?
Gélules de plumule de lotus Yan et al., Drug Test Anal 2019 : 14 volontaires, 6 gélules de 0,34 g par jour pendant 7 jours Maximum 500 ng/mL Oui, risque élevé
Comprimés d’higénamine Yan et al. 2019 : 11 volontaires, trois comprimés de 5 mg par jour pendant 7 jours Au-dessus de la limite dans la plupart des groupes d’échantillons pendant la prise Oui
Fruits d’Annona (A. muricata, A. cherimola, A. squamosa) Rubio et al., Drug Test Anal 2023 : portions uniques et répétées Pic de 7,8 ng/mL après des portions uniques ; les niveaux se sont accumulés avec la consommation répétée Non, mais la consommation répétée augmente le risque
Boissons à la betterave Leaney et al. 2023 : 6 personnes Moins de 1 % du seuil de déclaration Non, risque faible

D’autres constats complètent le tableau :

  • Betterave. L’higénamine a été trouvée dans la plupart des aliments et compléments à base de betterave testés, et le chauffage de l’extrait de betterave peut en générer.
  • Médicaments à base de plantes. Dans 128 produits japonais d’extraits Kampo, 14 drogues végétales contenaient de l’higénamine, sa proche parente la coclaurine, ou les deux. La coclaurine ne figure pas sur la liste des substances interdites, mais des microsomes hépatiques humains (préparations d’enzymes du foie) l’ont convertie en higénamine, ce qui ajoute une autre voie possible vers un test positif (Sakamoto et al., J Nat Med 2025).
  • Distinguer les sources. Après la consommation de fruits d’Annona, un profil urinaire d’isococlaurine, de réticuline et d’un glucuronide d’higénamine méthylée est apparu, qui n’avait pas été observé après la prise de compléments. Ces marqueurs pourraient à terme aider à distinguer les sources alimentaires des sources en compléments, mais ils ne constituent pas une défense établie (Rubio et al. 2023).

Points clés

  • Aucun bénéfice démontré pour la perte de graisse ou la performance. Le seul essai portant sur l’higénamine seule qui ait testé ces critères (n = 12) n’a trouvé aucun effet, et l’étude positive de 2013 utilisait un mélange avec de la caféine et du yohimbe.
  • Elle agit sur le cœur. L’higénamine IV augmente de façon fiable la fréquence cardiaque, ce qui explique pourquoi la Chine a approuvé en 2026 une forme injectable pour l’imagerie cardiaque de stress. Cette approbation ne s’applique pas aux compléments oraux.
  • La FDA considère les compléments comme frelatés. Les lettres d’avertissement invoquent l’absence de preuves de sécurité et son potentiel d’effets cardiotoxiques graves.
  • On ne peut pas se fier aux étiquettes. Dans la principale analyse américaine, les quantités atteignaient 62 mg par portion, et aucun des 5 produits indiquant une quantité n’était exact.
  • La sécurité par voie orale est largement inconnue. De petits essais chez des adultes en bonne santé n’ont trouvé aucune modification significative des mesures courantes, mais ils ne peuvent pas exclure des événements rares ou graves, et les seuils de nocivité n’ont pas été définis.
  • Interdite en permanence dans le sport. Elle figure dans la classe S3 de l’AMA, sans exception. Les produits à base de plumule de lotus peuvent dépasser largement le seuil de déclaration de 10 ng/mL, alors que les fruits d’Annona et la betterave ont produit des niveaux urinaires plus faibles dans les études réalisées jusqu’ici.

Sources

  1. World Anti-Doping Agency. The 2026 Prohibited List. WADA 2026 Prohibited List.
  2. US Food and Drug Administration. Warning letter: Supplement Science Corp. d/b/a Condemned Labz, MARCS-CMS 613165. 22 septembre 2021. FDA.
  3. US Food and Drug Administration. Warning letter: Steel Supplements Inc, MARCS-CMS 622405. 4 mai 2022. FDA.
  4. US Food and Drug Administration. Import Alert 54-18. Publiée le 27 juin 2025. FDA.
  5. Operation Supplement Safety, US Department of Defense. Higenamine in dietary supplements. Mise à jour le 7 mars 2022. OPSS.
  6. Food Standards Australia New Zealand. Imported food risk statement: supplementary sports foods and higenamine. Rédigée en juillet 2020, mise à jour en décembre 2021. FSANZ.
  7. Zhuhai Rundu Pharmaceutical Co., Ltd. Announcement on acceptance of the marketing application for higenamine hydrochloride injection, No. 2024-011 [en chinois]. 4 mars 2024. Shenzhen Stock Exchange.
  8. Yicai. Rundu Pharmaceutical receives drug registration certificate for higenamine hydrochloride injection [en chinois]. 3 avril 2026. Yicai.
  9. Feng S, Jiang J, Hu P, et al. A phase I study on pharmacokinetics and pharmacodynamics of higenamine in healthy Chinese subjects. Acta Pharmacol Sin. 2012;33(11):1353–1358. PubMed.
  10. Wen J, Li M, Zhang W, et al. Role of higenamine in heart diseases: a mini-review. Front Pharmacol. 2022;12:798495. PubMed.
  11. Hudzik TJ, Patel M, Brown A. β2-adrenoceptor agonist activity of higenamine. Drug Test Anal. 2021;13(2):261–267. PubMed.
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