Le vitex, aussi appelé gattilier, arbre chaste, agnus-castus ou poivre des moines, est le fruit séché de l’arbuste Vitex agnus-castus. Il est vendu comme médicament à base de plantes en Europe et comme complément alimentaire aux États-Unis. Son principal usage étudié est le syndrome prémenstruel (SPM) chez les femmes adultes, et sur internet il est aussi présenté comme un moyen naturel de faire baisser la prolactine, l’hormone hypophysaire qui stimule la production de lait.
Le point le plus important est le peu d’éléments qui concernent les hommes. L’Agence européenne des médicaments (EMA) indique qu’une baisse d’une prolactine élevée par le vitex « n’a pas été démontrée de façon concluante » chez l’humain, même si des études de laboratoire évoquent une action semblable à celle de la dopamine (monographie de l’EMA, 2018). Les données contrôlées chez l’homme proviennent d’environ 26 volontaires sains, et la dose quotidienne la plus faible de l’étude principale a fait augmenter la prolactine au lieu de la faire baisser (Merz et al., 1996). Nous n’avons trouvé aucune étude du vitex chez des hommes ayant une prolactine élevée, ni chez des personnes utilisant des stéroïdes anabolisants.
Cette page résume ce que rapportent les autorités de régulation de l’UE, les essais cliniques et les revues systématiques. Elle est destinée à l’information uniquement et ne constitue pas un avis médical.
| Propriété | Détail |
|---|---|
| Type | Médicament à base de plantes (UE) ; complément alimentaire (États-Unis) |
| Partie de la plante | Fruit entier, mûr et séché de Vitex agnus-castus L. |
| Usage bien établi dans l’UE | SPM chez les femmes adultes : 20 mg/jour d’un type d’extrait sec, pendant trois mois |
| Autre inscription dans l’UE | Usage traditionnel pour les symptômes prémenstruels légers : poudre, teinture et deux autres extraits secs |
| Doses étudiées dans les essais cités | 20 mg/jour (extrait Ze 440) ; 4 mg/jour d’extrait équivalant à 40 mg de fruit (extrait BNO 1095) ; 120–480 mg/jour en équivalent fruit chez l’homme |
| Mécanisme proposé | Diterpènes agissant sur les récepteurs D2 de la dopamine dans des études de laboratoire ; l’EMA indique que le mode d’action « n’est pas connu » |
| Demi-vie | Non établie ; l’EMA ne rapporte aucune étude pharmacocinétique |
| Données chez l’homme | Environ 26 volontaires sains ; aucun patient ayant une prolactine élevée ; aucun utilisateur de stéroïdes |
| Statut AMA (WADA) | Non inscrit sur la Liste des interdictions 2026 |
Qu’est-ce que c’est
Vitex agnus-castus est un arbuste ou un petit arbre originaire de l’Europe méditerranéenne, de l’Asie centrale et de certaines régions de l’Inde (rapport d’évaluation de l’EMA, 2018). Le nom anglais « chasteberry » (littéralement « baie chaste ») pourrait refléter une ancienne croyance selon laquelle la plante favorisait la chasteté, et des moines l’auraient utilisée au Moyen Âge pour diminuer le désir sexuel (NCCIH, 2025).
Le fruit contient des huiles essentielles, des glycosides iridoïdes comme l’agnuside, des diterpènes comme le rotundifurane et la vitexilactone, et des flavonoïdes comme la casticine et l’apigénine (LactMed, 2024).
Extraits et standardisation
La Pharmacopée européenne exige au moins 0,08 % de casticine dans le fruit séché et au moins 0,10 % dans un extrait sec (rapport d’évaluation de l’EMA). La casticine est un marqueur de qualité, pas un principe actif démontré. Dans l’essai sur les récepteurs décrit par l’EMA, la casticine n’a pas modifié la liaison au récepteur D2, contrairement à certains diterpènes. Un produit peut donc respecter sa spécification de marqueur sans que ce chiffre dise quoi que ce soit de sa teneur en composés actifs sur la dopamine.
Les doses sont difficiles à comparer, car « mg » peut désigner l’extrait ou le fruit brut dont il provient. Chaque extrait possède en outre un rapport drogue/extrait (DER), c’est-à-dire la quantité de fruit séché utilisée par unité d’extrait fini.
| Produit dans la littérature | Dose indiquée | Ce qu’il contient | Source |
|---|---|---|---|
| Ze 440 | 20 mg/jour | Extrait sec, DER 6–12:1, éthanol à 60 % m/m ; équivalent à 180 mg de fruit | Rapport d’évaluation de l’EMA |
| BNO 1095 | 4,0 mg/jour | Extrait sec, éthanol à 70 % ; équivalent à 40 mg de fruit | He et al., 2009 |
| Strotan | « 20 mg »/jour | Selon les données de l’autorité allemande, 0,6 mg d’extrait sec, équivalent à 20 mg de fruit | Rapport d’évaluation de l’EMA |
| BP1095E1 | 120, 240 ou 480 mg/jour | Extrait de cette quantité de fruit | Merz et al., 1996 |
Ainsi, « 20 mg » peut désigner 180 mg de fruit dans un essai et 20 mg de fruit dans un autre, soit un écart de neuf fois.
Comment il agit dans l’organisme
Le mécanisme dopaminergique proposé
La dopamine libérée par l’hypothalamus freine la sécrétion de prolactine en agissant sur les récepteurs D2 de l’hypophyse. On propose que le vitex agisse sur le même récepteur que des médicaments comme la bromocriptine et la cabergoline (Puglia et al., 2023). Les preuves en ce sens viennent surtout du laboratoire :
- Cellules hypophysaires de rat. L’extrait a diminué la libération de prolactine, mais pas celle de LH ni de FSH, et il contenait un composant qui se liait au récepteur D2 (Jarry et al., 1994).
- Liaison aux récepteurs. Un extrait éthanolique a bloqué la liaison au récepteur D2 dans du tissu cérébral de veau, avec une CI50 (la concentration donnant la moitié de l’inhibition maximale) de 40–70 µg/mL. L’activité se trouvait dans la fraction liposoluble (rapport d’évaluation de l’EMA).
- Récepteurs D2 humains en culture cellulaire. En 2024, un test fonctionnel a identifié la viteagnusine I (CE50 6,6 µM), le rotundifurane (12,8 µM) et le triterpène acide 3-épi-maslinique (5,1 µM) comme actifs, alors que la vitexilactone ne l’était pas. Quatre auteurs travaillaient pour le fabricant de Ze 440 (Reinhardt et al., 2024).
Ce sont des résultats obtenus sur des cellules et des tissus. Comme il n’existe aucune étude pharmacocinétique chez l’humain, on ne sait pas si ces composés atteignent l’hypophyse humaine à des concentrations actives.
Autres actions proposées
- Récepteurs aux œstrogènes. Les résultats sont contradictoires. Certains extraits se liaient de préférence au récepteur bêta des œstrogènes, un se liait aux récepteurs alpha et bêta, et un n’a montré aucune activité dans un système de levures.
- Récepteurs opioïdes. Des extraits se sont liés aux récepteurs mu et kappa in vitro, et l’EMA mentionne une possible activité de type bêta-endorphine.
- Enzymes hépatiques. Un extrait hydroéthanolique a inhibé CYP1A2, CYP2C19, CYP2D6 et CYP3A4 in vitro. L’EMA doute que cela se traduise par des interactions cliniquement significatives.
Ces trois points sont résumés dans le rapport d’évaluation de l’EMA, qui conclut que le mode d’action n’est pas connu.
Statut réglementaire
La monographie européenne sur les plantes médicinales
Le comité des médicaments à base de plantes de l’EMA (HMPC) a adopté la monographie actuelle le 27 mars 2018. Elle est rédigée pour des « femmes adultes », et l’utilisation avant 18 ans n’est pas recommandée faute de données (monographie de l’EMA). Elle ne mentionne ni les hommes comme population ni aucune indication masculine.
| Catégorie | Préparation | Dose quotidienne | Indication |
|---|---|---|---|
| Usage bien établi | Extrait sec, DER 6–12:1, éthanol à 60 % m/m | 20 mg une fois par jour | Traitement du SPM ; poursuite du traitement pendant trois mois recommandée |
| Usage traditionnel | Fruit en poudre | 800 mg (400 mg deux fois par jour) | Symptômes légers dans les jours précédant les règles |
| Usage traditionnel | Teinture 1:5, éthanol à 68–70 % V/V | 165 mg une fois par jour | Idem |
| Usage traditionnel | Extrait sec, DER 7–13:1, éthanol à 60 % m/m | 4 mg une fois par jour | Idem |
| Usage traditionnel | Extrait sec, DER 10,0–18,5:1, éthanol à 50–52 % m/m | 2–3 mg une fois par jour | Idem |
« Usage traditionnel » signifie que l’inscription repose sur une utilisation ancienne, et non sur une preuve d’efficacité. L’inscription en usage bien établi repose principalement sur un essai contrôlé contre placebo, Schellenberg 2001.
En 2018, le HMPC a examiné d’autres indications et ne les a pas acceptées (rapport d’évaluation de l’EMA) :
| Usage proposé | Position du HMPC |
|---|---|
| Douleur mammaire (mastodynie) | Données non acceptées comme preuve d’efficacité ; un médecin est nécessaire pour le diagnostic |
| Insuffisance de la phase lutéale | Rejetée ; le test à la TRH utilisé dans l’essai clé « semble discutable » |
| Troubles des saignements menstruels | Insuffisant ; aucun essai contrôlé |
| Prolactinome | Insuffisant ; aucun essai contrôlé |
| Acné, allaitement, symptômes de la ménopause | Insuffisant ; aucun essai contrôlé |
L’EMA a ouvert un appel à données scientifiques en vue d’un examen périodique du 15 février au 15 mai 2024. Lors de la consultation en novembre 2026, sa page indiquait toujours un appel à données en cours, avec le texte de 2018 comme dernière monographie adoptée (page de synthèse de l’EMA sur les plantes médicinales).
États-Unis
Le gattilier est commercialisé comme complément alimentaire. Les compléments ne sont pas approuvés par la FDA (agence américaine du médicament) avant leur vente, et les fabricants sont responsables de leur sécurité (NCCIH, 2025).
Ce que montre la recherche
La prolactine chez l’humain
Presque toutes les données cliniques sur la prolactine proviennent de femmes. Les résultats sont contrastés, et les deux études positives les plus connues présentent des limites de conception.
| Étude | Population | Dose et comparaison | Résultat sur la prolactine | Principale limite |
|---|---|---|---|---|
| Milewicz et al., 1993 | 52 femmes ayant une prolactine élevée « latente » ; 37 analysées (17 contre 20) | « 20 mg »/jour contre placebo, 3 mois | La libération de prolactine après injection de TRH a diminué | L’EMA juge le test à la TRH peu fiable ; 15 non analysées |
| Kilicdag et al., 2004 | 40 femmes ayant une prolactine légèrement élevée | 40 mg/jour contre bromocriptine 2,5 mg deux fois par jour, 3 mois | De 945,66 à 529,19 mUI/L avec le vitex ; de 885,04 à 472,68 mUI/L avec la bromocriptine ; pas de différence entre les groupes | Pas de placebo ; compte rendu bref |
| Wuttke et al., 1997 (d’après Puglia et al., 2023) | 101 femmes ayant des douleurs mammaires cycliques | Solution ou comprimés contre placebo, 3 mois | Prolactine basale plus basse qu’avec le placebo | Lu uniquement par l’intermédiaire d’une revue |
| Ma et al., 2010 (d’après Puglia et al., 2023) | 67 femmes atteintes de SPM | BNO 1095 contre placebo, 3 cycles | Pas de baisse significative de la prolactine sérique | La prolactine n’était pas le critère principal |
| Shahnazi et al., 2016 (d’après Puglia et al., 2023) | 70 femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) | Vitex contre contraceptif oral faiblement dosé, 3 mois | Pas de changement significatif | Lu uniquement par l’intermédiaire d’une revue |
Les chiffres de Kilicdag proviennent du tableau de la revue de Puglia, car le compte rendu bref n’a pas de résumé. Les résumés que nous avons pu lire ne précisent pas si « 40 mg » désigne l’extrait ou le fruit brut.
La revue de 2023 parue dans Frontiers in Endocrinology n’a trouvé aucun grand essai randomisé et a conclu qu’« il n’est pas possible de tirer de conclusions solides » sur le vitex dans la prolactine élevée. Ses auteurs pensent qu’il pourrait être une option raisonnable pour certains patients sélectionnés ayant une élévation légère et souhaitant un traitement à base de plantes, tout en précisant que les agonistes dopaminergiques établis devraient être proposés en premier (Puglia et al., 2023).
Deux cas cliniques concernent des tumeurs hypophysaires. Dans l’un, la prolactine est passée de 2 207 à 1 766 mU/L (référence 50–600) et le microadénome est resté inchangé à l’IRM. Dans l’autre, la prolactine est passée de 2 166 à 1 588 UI/L (référence 80–600) et les règles sont revenues alors qu’un microadénome de 2 mm était toujours présent (rapport d’évaluation de l’EMA ; Puglia et al., 2023). Dans les deux cas, la prolactine est restée bien au-dessus de l’intervalle de référence. Le second cas a été publié comme un prolactinome masqué par le remède, et la monographie de l’EMA comporte une mise en garde correspondante.
Dépendance à la dose
Les doses faibles et élevées pourraient pousser la prolactine dans des directions opposées. LactMed résume cela ainsi : les doses faibles augmentent la prolactine sérique et les doses élevées la diminuent (LactMed, 2024). L’EMA indique que l’effet « semble dépendre de la dose administrée et du taux initial de prolactine ».
La démonstration contrôlée la plus claire chez l’humain est l’étude chez des hommes décrite plus bas, et le schéma ne s’aligne pas nettement d’une étude à l’autre. Milewicz a rapporté une prolactine stimulée plus basse chez des femmes avec une dose équivalant à 20 mg de fruit, tandis que Merz a rapporté une prolactine plus élevée chez des hommes avec 120 mg de fruit. Le sexe, la prolactine initiale, l’extrait et le test différaient tous, de sorte qu’aucun seuil ne peut être déduit d’une étude à l’autre. Les auteurs de l’étude chez les hommes ont suggéré que l’extrait pourrait contenir à la fois des composants bloquant la dopamine et des composants l’activant, mais cela reste une hypothèse.
Données chez l’homme
Nous n’avons trouvé que ces données humaines chez l’homme, toutes issues de volontaires sains. Les 20 hommes de la troisième étude pourraient être les mêmes que ceux de la première, puisque les doses et la durée correspondent.
| Étude | Population | Dose | Prolactine | Testostérone, LH, FSH |
|---|---|---|---|---|
| Merz et al., 1996 | 20 hommes en bonne santé | Extrait de 120, 240 ou 480 mg de fruit par jour contre placebo, 14 jours chacun | 120 mg : le profil sur 24 heures et la prolactine stimulée par la TRH ont augmenté. Doses plus élevées : légère baisse du profil sur 24 heures. 480 mg : la prolactine stimulée par la TRH a diminué | Aucune influence sur la testostérone, la LH ni la FSH rapportée (rapport d’évaluation de l’EMA) |
| Vogel 2001, une thèse résumée par l’EMA | 6 hommes en bonne santé | Doses uniques de 1,5, 15, 30 ou 60 mg d’extrait contre bromocriptine 2,5 mg et placebo | Aucun effet avec aucune dose de vitex ; la bromocriptine a fait baisser la prolactine chez tous les hommes | Aucun effet sur la LH, la testostérone ni l’estradiol avec aucune dose de vitex ; la FSH a été mesurée, mais son résultat n’est pas indiqué |
| Dericks-Tan et al., 2003, résumé par l’EMA | 20 hommes en bonne santé | Extrait à l’éthanol à 70 %, 120–480 mg/jour, 14 jours | Pas l’objet principal ; la sécrétion de mélatonine a augmenté avec la dose | Non rapporté dans le résumé |
Pour donner un ordre de grandeur, la dose d’extrait de 20 mg de l’UE équivaut à environ 180 mg de fruit, ce qui se situe entre la dose de 120 mg qui a fait augmenter la prolactine et celle de 240 mg qui l’a légèrement fait baisser. Les extraits diffèrent, donc cette comparaison n’est qu’un repère approximatif. Quatorze jours chez des hommes en bonne santé ne disent en outre rien d’une utilisation plus prolongée.
Chez des souris mâles, 30 jours d’extrait injecté dans la cavité abdominale ont fait baisser la LH et la testostérone, comme la bromocriptine (Nasri et al., 2007). La voie d’administration et les doses (165–365 mg/kg) ne ressemblent pas à l’utilisation orale chez l’humain, et les données humaines sur 14 jours n’ont pas montré cet effet. Les effets à long terme sur la testostérone chez l’homme n’ont pas été étudiés.
Nous n’avons trouvé aucun essai contrôlé chez l’homme mesurant le désir sexuel, les spermatozoïdes ou la fertilité, les muscles ou le tissu mammaire. L’idée médiévale selon laquelle le vitex diminue le désir masculin n’a pas été testée dans des essais, pas plus que l’idée inverse, évoquée sans données dans la revue de 2023, selon laquelle il pourrait augmenter la libido masculine. La monographie européenne indique qu’aucune donnée sur la fertilité n’est disponible.
Pourquoi cela ne s’applique pas aux hommes ni à la prolactine liée aux stéroïdes
Lacune dans les preuves. Aucun essai publié n’a testé le vitex chez des hommes ayant une prolactine élevée, chez des hommes ayant des symptômes mammaires, ni chez des personnes prenant des stéroïdes anabolisants. Les affirmations selon lesquelles le vitex gérerait les « effets secondaires liés à la prolactine » de stéroïdes comme la nandrolone ou la trenbolone sont des extrapolations, pas des résultats.
L’extrapolation échoue sur plusieurs points :
- Une situation différente. Les études positives chez les femmes portent sur des symptômes prémenstruels, des douleurs mammaires cycliques et une prolactine élevée « latente », que les auteurs de revues rattachent au cycle menstruel (Puglia et al., 2023). Les hommes n’ont pas ce cycle, donc ces résultats ne sont pas transposables.
- Un point de départ différent. L’EMA indique que l’effet dépend de la prolactine initiale. Les hommes étudiés étaient en bonne santé, et non des hommes ayant des taux élevés.
- Un sens inconnu aux faibles doses. Dans l’étude principale chez les hommes, la dose la plus faible a fait augmenter la prolactine. La teneur des compléments varie beaucoup (voir Qualité plus bas), de sorte que la dose réellement apportée par un produit par rapport à ces doses d’étude est souvent inconnue.
- Un contexte hormonal inconnu. L’effet du vitex sur la prolactine lors d’une forte exposition aux androgènes ou aux œstrogènes n’a pas été étudié. L’EMA considère aussi comme possibles et non résolus des effets de type œstrogénique.
Les données humaines sur la prolactine chez les utilisateurs de stéroïdes sont elles-mêmes minces ; voir cabergoline. Pour une prolactine élevée, les médicaments disposant d’une autorisation réglementaire et de données d’essais contrôlés sont des agonistes dopaminergiques comme la cabergoline et la bromocriptine. Le pramipexole est un agoniste dopaminergique autorisé pour d’autres affections. Les rares données de comparaison directe ne rendent pas le vitex interchangeable avec ces médicaments : la bromocriptine a fait baisser la prolactine dans l’expérience chez les hommes où le vitex n’a rien fait. Mucuna pruriens et P5P sont d’autres compléments revendiquant un effet sur la prolactine, chacun avec ses propres preuves limitées.
Syndrome prémenstruel (femmes uniquement)
C’est l’usage le mieux étudié.
| Étude | Conception et population | Préparation | Résultat |
|---|---|---|---|
| Schellenberg, BMJ 2001 | ECR en double aveugle ; 170 femmes évaluées (86 contre 84), trois cycles | Ze 440, 20 mg/jour | Le score du symptôme principal s’est davantage amélioré qu’avec le placebo (P inférieur à 0,001) ; répondeuses (réduction de 50 % des symptômes) 52 % contre 24 % ; financé par le fabricant |
| Schellenberg et al., 2012 | ECR de recherche de dose en double aveugle ; 162 femmes de 18–45 ans, trois cycles | Ze 440, 8, 20 ou 30 mg/jour contre placebo | 20 mg a fait mieux que le placebo et que 8 mg ; 30 mg n’était pas significativement meilleur que 20 mg |
| He et al., 2009 | ECR en double aveugle ; 217 Chinoises atteintes de SPM modéré à sévère, trois cycles | BNO 1095, 4,0 mg d’extrait (40 mg de fruit) | Score du journal de 29,23 à 6,41 contre 28,14 à 12,64 avec le placebo (P inférieur à 0,0001) ; les auteurs rapportent un effet placebo de 50 % |
Les analyses regroupées concordent sur le sens de l’effet, mais pas sur le degré de confiance :
- Verkaik et al., 2017 ont trouvé 17 ECR, dont 14 ont été inclus dans l’analyse quantitative. Dans les essais contrôlés contre placebo, l’effet regroupé était important (g de Hedges −1,21 ; IC à 95 % −1,53 à −0,88), mais l’hétérogénéité était extrême (I² 91 %), la plupart des essais présentaient un risque de biais élevé et il y avait des signes de biais de publication. Les auteurs qualifient le résultat de « simplement exploratoire » et probablement surestimé.
- Csupor et al., 2019 n’ont retenu que les essais portant sur des produits correctement caractérisés. Sur 21 essais, 3 répondaient aux critères (520 femmes). Les femmes sous vitex avaient 2,57 fois plus de chances d’obtenir une rémission des symptômes que celles sous placebo (IC à 95 % 1,52–4,35).
- van Die et al., 2013 ont passé en revue 12 ECR. Pour le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM, une forme sévère), un essai a trouvé le vitex équivalent à la fluoxétine, et dans l’autre la fluoxétine a fait mieux que le vitex.
Un essai examiné par l’EMA (Lauritzen et al., 1997) a utilisé la vitamine B6 comme comparateur chez 127 femmes : vitex (environ 40 mg de fruit par jour) contre pyridoxine 100 mg deux fois par jour pendant une partie du cycle. Les scores ont baissé de 10,1 contre 6,8 points (P = 0,0377), mais le groupe vitex partait d’un niveau plus élevé (15,2 contre 11,9), et les deux groupes ont fini à la même moyenne de 5,1. Les auteurs ont seulement conclu que le vitex était au moins aussi efficace (rapport d’évaluation de l’EMA). Le NCCIH juge la qualité des études sur le SPM faible à modérée (NCCIH, 2025).
Douleurs mammaires cycliques (femmes uniquement)
Une revue de 2020 a inclus 25 études. Une méta-analyse prudente de six études (718 femmes ; 356 sous vitex, 362 sous placebo) a montré un bénéfice modéré (SMD 0,67 ; IC à 95 % 0,5–0,85), généralement à 20–40 mg/jour pendant trois mois. Le risque de biais était incertain dans la plupart des études (Ooi et al., 2020).
L’avantage par rapport au placebo n’est peut-être pas stable. Dans un essai en double aveugle d’une solution de vitex chez 97 femmes (48 contre 49), avec la douleur notée sur une échelle visuelle analogique de 100 mm, la différence avec le placebo était à la limite de la significativité au troisième cycle (Halaska et al., 1999) :
| Cycle | Réduction moyenne de la douleur, vitex | Réduction moyenne de la douleur, placebo | P |
|---|---|---|---|
| 1 | 21,4 mm | 10,6 mm | 0,018 |
| 2 | 33,7 mm | 20,3 mm | 0,006 |
| 3 | 34,3 mm | 25,7 mm | 0,064 |
Les auteurs de revues et les autorités ne s’accordent pas sur ce point. Ooi et ses collègues jugent le vitex sûr et efficace pour cet usage, mais l’EMA n’a pas accepté ces données comme preuve d’efficacité. Rien de tout cela ne s’applique aux douleurs mammaires ni au développement des seins chez l’homme, que ces essais n’ont pas étudiés.
Troubles menstruels (femmes uniquement)
Une revue de 2019 portant sur cinq études n’a trouvé aucun effet significatif sur l’abondance des saignements par rapport au placebo au premier cycle (différence moyenne 3,08 ; IC à 95 % −3,11 à 9,26) ni au second (0,00 ; IC à 95 % −5,75 à 5,75). Les études étaient de qualité relativement faible (Mollazadeh et al., 2019). Le NCCIH indique qu’il n’existe pas assez de preuves fiables pour l’infertilité, et qu’une étude de faible qualité a suggéré un bénéfice sur les saignements abondants liés à un dispositif intra-utérin (DIU) (NCCIH, 2025).
Une étude observationnelle suisse de Ze 440 chez 211 femmes présentant des irrégularités du cycle a rapporté une rémission ou une amélioration chez 79–85 % d’entre elles lors du suivi. En l’absence de groupe témoin, l’EMA indique qu’aucune preuve d’efficacité ne peut en être tirée. Son rapport de 2018 a jugé les données insuffisantes pour les troubles des saignements (rapport d’évaluation de l’EMA).
Effets indésirables et risques
Tolérance générale
Dans les essais, les effets indésirables chez les femmes étaient en général légers et réversibles. Les plus fréquents sont les nausées, les maux de tête, les troubles digestifs, les troubles menstruels, l’acné, les démangeaisons et les éruptions cutanées (Daniele et al., 2005). Dans l’essai de Schellenberg 2001, 4 femmes sous vitex et 3 sous placebo ont signalé des événements légers.
L’EMA ne rapporte aucun événement indésirable grave dans aucun essai, avec une exposition de plus de 6 000 femmes. Des réactions allergiques sévères avec gonflement du visage, essoufflement et difficulté à avaler figurent néanmoins dans la liste, à partir de signalements de pharmacovigilance, avec une fréquence inconnue (monographie de l’EMA). Les données de sécurité issues de la recherche vont jusqu’à environ 3 mois (NCCIH, 2025).
Ce qui a été rapporté chez l’homme
Le rapport d’évaluation de l’EMA résume deux comptes rendus d’une administration de 14 jours chez 20 hommes en bonne santé, et ils décrivent peut-être la même expérience :
- L’un fait état de 18 hommes présentant 26 effets indésirables, dont bouche sèche, perturbation de la perception, légère confusion, légers états d’activation et démangeaisons du palais et du nez. L’EMA indique que ces réactions sont attendues avec des composés dopaminergiques.
- L’autre fait état de 13 hommes sur 20 présentant 27 événements indésirables, dont légère confusion, eczéma avec démangeaisons, troubles digestifs, maux de tête, activité accrue et fatigue, sans lien clair avec l’augmentation de la dose. Le temps de thromboplastine (un test de coagulation) était allongé de 3–5 % aux deux doses les plus élevées.
L’EMA n’explique pas la différence entre ces chiffres, qui peut refléter des critères de déclaration différents. Aucun taux fiable ne peut être établi à partir d’aussi peu d’hommes.
Grossesse et allaitement
L’EMA ne rapporte aucune donnée chez la femme enceinte, juge insuffisantes les données animales sur la reproduction et ne recommande pas l’utilisation pendant la grossesse. Elle ne recommande pas non plus l’utilisation pendant l’allaitement, car les données animales suggèrent un effet sur la lactation et l’on ignore si le vitex passe dans le lait humain (monographie de l’EMA). LactMed conseille de l’éviter pendant la lactation. Cette base mentionne 15 cas de démangeaisons, d’éruption cutanée ou d’urticaire parmi 352 mères allaitantes ayant reçu une teinture, et précise qu’aucun essai valide n’appuie son utilisation pour augmenter la production de lait (LactMed, 2024).
Tumeurs hypophysaires et cancers hormonosensibles
- Tumeurs sécrétant de la prolactine. L’EMA avertit que le vitex « peut masquer les symptômes de la tumeur » et que les personnes ayant des antécédents de trouble hypophysaire doivent consulter un médecin avant de l’utiliser.
- Cancer sensible aux œstrogènes. Il est conseillé aux personnes ayant un cancer sensible aux œstrogènes, actuel ou passé, de consulter d’abord un médecin (monographie de l’EMA). Le NCCIH indique qu’il pourrait ne pas être sûr pour les femmes présentant des pathologies hormonosensibles comme un cancer du sein, de l’utérus ou de l’ovaire (NCCIH, 2025).
Foie
L’EMA considère comme un signal les signes de toxicité hépatique observés dans deux études chez le rat (de 4 et 26 semaines), avec des effets à toutes les doses dans l’étude la plus longue. Elle n’a pas ajouté de mise en garde, car aucun résultat concordant n’est ressorti des essais cliniques ni des cas cliniques. Les valeurs biologiques n’étaient pas modifiées dans les essais sur Ze 440, mais l’EMA ne rapporte pas de telles données issues des essais d’efficacité d’autres préparations (rapport d’évaluation de l’EMA). LiverTox indique que le gattilier par voie orale n’a pas été impliqué dans des élévations des enzymes hépatiques ni dans des lésions hépatiques cliniquement apparentes (LiverTox, 2023). Des tests de mutagénicité et de cancérogénicité n’ont pas été réalisés.
Interactions
Aucune interaction n’a été rapportée chez l’humain, mais nous n’avons trouvé aucune étude d’interaction dédiée avec l’un des médicaments ou compléments ci-dessous. L’EMA formule que les interactions « ne peuvent pas être exclues ».
| En association avec | Ce que l’on sait | Source |
|---|---|---|
| Agonistes dopaminergiques : cabergoline, bromocriptine, pramipexole | Non étudiés ensemble ; une interaction ne peut être exclue ; il est conseillé aux patients de consulter un médecin | Monographie de l’EMA |
| Antagonistes dopaminergiques comme les antipsychotiques ou le métoclopramide | Interférence théorique ; ces médicaments peuvent aussi faire augmenter la prolactine | Daniele et al., 2005 ; Puglia et al., 2023 |
| Mucuna pruriens (une source de lévodopa) | Aucune donnée ; non citée par l’EMA | Notre recherche |
| Œstrogènes et anti-œstrogènes | Non étudié ; une interaction ne peut être exclue | Monographie de l’EMA |
| Contraceptifs oraux | Aucune interaction trouvée à ce jour, même si les auteurs de revues estiment qu’une étude dédiée est nécessaire | Puglia et al., 2023 |
| Testostérone ou stéroïdes anabolisants | Aucune donnée | Notre recherche |
Qualité
Les résultats cliniques obtenus avec un extrait ne s’appliquent pas automatiquement à un autre, et cela compte surtout en dehors des médicaments réglementés. Une analyse de 2014 a comparé 7 médicaments à 17 « health foods » (aliments de santé) du Japon et des États-Unis. Les médicaments avaient des profils chimiques similaires, alors que les « health foods » variaient beaucoup, avec des quantités relatives de marqueur de 14–5 054 % pour l’agnuside et de 3–1 272 % pour la casticine. Dans environ la moitié des « health foods », le rapport entre marqueurs ressemblait davantage à celui d’une plante chinoise apparentée, Vitex negundo, qu’à celui du fruit standard, ce qui ne prouve pas une substitution mais soulève la question (Fukahori et al., 2014). L’affiliation indiquée de l’auteur principal est une société pharmaceutique.
Associé au problème des « mg » décrit plus haut, cela signifie que l’étiquette d’un complément ne peut souvent pas être rapprochée d’une dose d’essai, ni de l’un ou l’autre côté du schéma de dose de la prolactine observé chez les hommes.
Statut légal et usage dans le sport
Le vitex ne figure pas sur la Liste des interdictions 2026 de l’AMA.
Points clés
- Un médicament à base de plantes pour les femmes. L’UE reconnaît un type d’extrait sec à 20 mg/jour pour le SPM chez les femmes adultes, ainsi que des préparations d’usage traditionnel pour les symptômes prémenstruels légers, et elle ne rédige sa posologie que pour les femmes adultes.
- Les preuves dans le SPM sont positives mais imparfaites. Les essais donnent systématiquement l’avantage au vitex sur le placebo, mais la plus grande méta-analyse qualifie elle-même son effet regroupé d’exploratoire en raison des biais et d’une hétérogénéité extrême.
- La baisse de la prolactine n’est pas démontrée chez l’humain. Les études de laboratoire appuient une action sur le récepteur D2, mais l’EMA indique qu’une baisse d’une prolactine élevée n’est pas démontrée de façon concluante, et les résultats cliniques sont contrastés.
- Hommes : presque aucune donnée, et le sens de l’effet variait. Chez 20 hommes en bonne santé, la dose la plus faible a fait augmenter la prolactine et les doses plus élevées l’ont fait baisser ; chez 6 hommes, des doses uniques n’ont rien changé alors que la bromocriptine a fonctionné.
- Rien chez les utilisateurs de stéroïdes. Aucun essai n’a testé le vitex pour une prolactine élevée par l’usage de stéroïdes ni pour la gynécomastie, de sorte que les résultats chez les femmes et les données de volontaires sains n’établissent aucun bénéfice dans ce cas.
- Les données de sécurité concernent surtout des femmes et le court terme. Les effets sont généralement légers, mais l’utilisation n’est pas recommandée pendant la grossesse ni l’allaitement, il peut masquer un prolactinome, et les interactions avec les médicaments agissant sur la dopamine et avec les médicaments liés aux œstrogènes ne peuvent pas être exclues.
Sources
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- European Medicines Agency, Committee on Herbal Medicinal Products. Assessment report on Vitex agnus-castus L., fructus. EMA/HMPC/606741/2017. 2018. EMA.
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