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ACE-083

L’ACE-083 est une protéine expérimentale issue de l’ingénierie, construite à partir de la follistatine humaine, la protéine de liaison naturelle de l’organisme pour la myostatine et les activines. Acceleron Pharma l’a conçue pour être injectée directement dans un seul muscle affaibli et n’agir qu’à cet endroit, comme traitement possible de maladies neuromusculaires dans lesquelles certains muscles s’atrophient de façon inégale, comme la dystrophie musculaire facio-scapulo-humérale (FSHD) et la maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMT) (Pearsall et al., Sci Rep 2019 ; Glasser et al., Muscle Nerve 2018).

Le fait le plus important concernant l’ACE-083 est qu’elle a fonctionné à l’imagerie, mais pas pour le patient. Dans trois études chez l’humain contrôlées contre placebo, elle a régulièrement augmenté le volume du muscle injecté d’environ 9–16 %, mais dans la FSHD et la CMT, elle n’a amélioré ni la marche, ni la fonction du bras, ni les chutes, ni la qualité de vie par rapport au placebo. Acceleron a arrêté le programme FSHD en septembre 2019 et a abandonné totalement l’ACE-083 en mars 2020 (Acceleron, sept. 2019 ; Acceleron, mars 2020). Elle n’a jamais été autorisée nulle part.

Cette page résume ce que rapportent les essais publiés, les registres d’essais et les propres documents réglementaires d’Acceleron. Elle a une visée uniquement éducative et ne constitue pas un avis médical.

Propriété Détail
Nature Protéine de fusion recombinante : follistatine humaine raccourcie (FST291) reliée au domaine Fc de l’IgG2 humaine, formant un dimère
Classe médicamenteuse Inhibiteur de la voie myostatine/activine (« piège à ligands ») ; Acceleron la qualifiait d’agent « Myostatin+ »
Développeur Acceleron Pharma (aujourd’hui filiale de Merck & Co.)
Voie étudiée Injection intramusculaire dans un muscle cible, sous guidage EMG ou échographique
Doses étudiées chez l’humain 50–200 mg par muscle (volontaires en bonne santé) ; 150–240 mg par muscle toutes les 3 semaines (FSHD, CMT)
Demi-vie Non établie chez l’humain ; dans l’étude de phase 1, l’ACE-083 sérique n’était détectable que pendant le premier jour suivant l’injection, le plus souvent près de la limite inférieure du dosage
Ligands neutralisés (in vitro) Myostatine (GDF8), GDF11, activine A et activine B
Statut d’autorisation Jamais autorisée ; développement abandonné en mars 2020
Statut de substance contrôlée aux États-Unis Non inscrite dans l’annexe des stéroïdes anabolisants (21 CFR 1308.13)
Statut AMA Non citée nommément, mais relève de la classe S4.3 (protéines liant la myostatine comme la follistatine), interdite en permanence

Qu’est-ce que c’est

La follistatine est une protéine naturelle qui piège plusieurs membres de la famille du TGF-β qui freinent la croissance musculaire, dont la myostatine et les activines. Elle existe sous des formes qui diffèrent par la force avec laquelle elles adhèrent à la matrice entourant les cellules : la forme longue (FST315) circule dans le sang, tandis que la forme courte (FST288) se lie à l’héparane sulfate à la surface des cellules et tend à agir localement (Pearsall et al., Sci Rep 2019). La page sur la follistatine-344 traite de la protéine naturelle et des essais de thérapie génique qui l’ont utilisée.

L’ACE-083 a été conçue pour exploiter ce comportement de liaison locale. Par rapport à la FST315 native, presque tout le domaine C-terminal a été supprimé, ce qui expose le site de liaison à l’héparine, et la follistatine restante (FST291) a été fusionnée à un fragment Fc d’IgG2 humaine. Le fragment Fc apparie deux chaînes de follistatine en une seule molécule, ce qui double le nombre de sites de liaison à l’héparine (Pearsall et al., Sci Rep 2019). Dans les tests de laboratoire :

  • L’ACE-083 nécessitait une concentration saline plus élevée pour être éluée d’une colonne d’héparine qu’une protéine FST315-Fc complète (938 contre 792 mM), et se liait beaucoup plus fortement à un extrait de matrice extracellulaire.
  • Elle liait fortement l’activine A, l’activine B, la myostatine et le GDF11, avec des constantes de dissociation d’environ 10–350 pM.
  • Dans un test rapporteur sur cellules humaines, elle bloquait la signalisation des quatre ligands, avec des valeurs d’IC50 d’environ 40–700 pM (5–80 ng/mL).

L’objectif de conception affiché était un médicament qui reste plus longtemps dans le muscle injecté et qui est rapidement inactivé une fois dans la circulation sanguine (Glasser et al., Muscle Nerve 2018). Autrement dit, il devait faire grossir un muscle sans les effets sur l’ensemble de l’organisme d’un bloqueur systémique de la myostatine ou de l’activine.

Comment elle agit dans l’organisme

La myostatine, le GDF11 et les activines transmettent leur signal par les récepteurs de l’activine de type II et la voie Smad2/3 pour freiner la croissance musculaire. En piégeant ces ligands à l’extérieur de la cellule, l’ACE-083 lève ce frein dans le tissu où elle est injectée. Chez la souris, les muscles injectés présentaient moins de Smad3 phosphorylé et davantage d’Akt phosphorylé, un signal favorisant la croissance (Pearsall et al., Sci Rep 2019).

Pharmacocinétique chez l’humain

Seules des données limitées d’exposition chez l’humain existent. Dans l’étude de phase 1, un premier immunodosage a été abandonné parce qu’il détectait des produits de dégradation inactifs. Un dosage plus spécifique par spectrométrie de masse (limite inférieure de quantification 10 ng/mL) a ensuite été appliqué aux deux cohortes tibial antérieur (Glasser et al., Muscle Nerve 2018) :

Mesure Résultat
Échantillons au-dessus de la limite de détection 14 sur 252 (5,6 %), provenant de 6 des 12 femmes traitées
Concentration sérique maximale mesurée, dose de 100 mg 13,3 ng/mL
Concentration sérique maximale mesurée, dose de 150 mg 37,2 ng/mL
Moment de la concentration maximale 3–24 h après l’injection
Détectable après le premier jour Non

Les auteurs ont conclu à une exposition systémique faible ou nulle après les premières 24 heures. Comme très peu d’échantillons étaient mesurables, aucune demi-vie n’a pu être calculée. La demi-vie de 216 heures (9 jours) indiquée dans certaines bases de données de composés ne correspond à aucune mesure publiée chez l’humain.

Dans les essais de phase 2 ultérieurs, les marqueurs biologiques qui signaleraient une exposition systémique à cette classe de médicaments (hémoglobine et télopeptides C-terminaux du collagène sériques) n’ont pas varié (Statland et al., Muscle Nerve 2022 ; Thomas et al., Neurology 2022).

Historique du développement et statut réglementaire

Date Événement
Oct. 2014 – avr. 2016 Étude de phase 1 chez 58 femmes ménopausées en bonne santé (NCT02257489)
Nov. 2016 – oct. 2019 Essai de phase 2 dans la FSHD, 95 participants sur les deux parties (NCT02927080)
Juil. 2017 – mars 2020 Essai de phase 2 dans la CMT de types 1 et X, 63 participants (NCT03124459)
16 sept. 2019 Acceleron annonce les principaux résultats dans la FSHD et arrête l’ACE-083 dans la FSHD
9 mars 2020 Acceleron annonce les principaux résultats dans la CMT et arrête le développement de l’ACE-083
Mars 2020 Étude d’extension en ouvert pour les deux maladies arrêtée (NCT03943290)

L’annonce de septembre 2019 indiquait que l’essai dans la FSHD avait atteint son critère principal de volume musculaire, mais que ce gain ne s’était pas traduit par des améliorations statistiquement significatives aux tests fonctionnels, et qu’Acceleron ne mènerait pas d’autres essais dans la FSHD. Le même communiqué précisait que l’ACE-083 n’était autorisée pour aucun usage dans aucun pays (Acceleron, sept. 2019).

Le communiqué de mars 2020 rapportait le même schéma dans la CMT : une augmentation significative du volume musculaire total, mais aucune amélioration significative d’un critère secondaire fonctionnel ou de qualité de vie, et le directeur général d’Acceleron a déclaré que l’hypothèse « myostatine plus » de l’entreprise n’avait pas produit les résultats fonctionnels nécessaires à un bénéfice cliniquement significatif (Acceleron, mars 2020). Le rapport trimestriel suivant de l’entreprise a confirmé l’arrêt du développement de l’ACE-083 (Acceleron 10-Q, T1 2020). Le registre indique désormais comme promoteur une filiale détenue en totalité par Merck & Co. (NCT03124459).

  • Aucune autorisation. L’ACE-083 n’a jamais fait l’objet d’une demande d’autorisation de mise sur le marché dans aucun pays.
  • Pas une substance contrôlée aux États-Unis. C’est une protéine, pas un stéroïde anabolisant, et elle n’est pas inscrite à l’annexe III (Schedule III) (21 CFR 1308.13).
  • Interdite dans le sport. La liste de l’AMA (Agence mondiale antidopage) ne cite pas l’ACE-083, mais la classe S4.3 (agents empêchant l’activation du récepteur de l’activine IIB) couvre les protéines liant la myostatine, avec la follistatine comme exemple, et la classe est ouverte (« incluant, sans s’y limiter »). Les substances S4.3 sont interdites en permanence et sont non spécifiées (Liste des interdictions 2026 de l’AMA).

Ce que montre la recherche

Études chez l’animal

Chez des souris de type sauvage, l’ACE-083 injectée dans un muscle du mollet deux fois par semaine pendant 4 semaines a augmenté le poids de ce muscle de façon dose-dépendante, de 85 % à la dose la plus élevée (100 µg), sans modifier le poids du mollet opposé, des muscles voisins, le poids corporel ni l’hormone folliculo-stimulante (Pearsall et al., Sci Rep 2019). La même posologie dans le tibial antérieur (le muscle de la jambe qui relève le pied) a donné ces résultats chez la souris :

Modèle murin Poids du muscle injecté Force
Type sauvage ≈+75 % vs véhicule Secousse +52 %, pic tétanique +40 % vs véhicule
Trembler-J (modèle de CMT1A) +73 % Secousse +44 %, tétanique +65 % vs côté non traité ; couple de dorsiflexion de la cheville +137 % vs véhicule
mdx (modèle de Duchenne) +77 % vs côté non traité Non résumé ici

Chez les souris de type sauvage comme chez les souris CMT, le gain de force absolue correspondait au gain de taille du muscle : la force par unité de surface de section transversale (force spécifique) ne s’est pas améliorée. Il s’agit de résultats chez l’animal, qui n’ont pas permis de prédire le résultat chez l’humain.

Volontaires en bonne santé (phase 1, n = 58)

La première étude chez l’humain était randomisée, en double aveugle et contrôlée contre placebo. Des femmes ménopausées en bonne santé âgées de 45 à 75 ans ont reçu de l’ACE-083 (42 femmes) ou un placebo (16) dans un droit fémoral (avant de la cuisse) ou un tibial antérieur, en une dose ou deux doses espacées de 3 semaines (Glasser et al., Muscle Nerve 2018).

Muscle Dose Augmentation moyenne maximale du volume du muscle injecté
Droit fémoral 200 mg × 2 14,5 % ± 4,5 % (3 semaines après la dernière dose)
Tibial antérieur 150 mg × 2 8,9 % ± 4,7 % (3 semaines après la dernière dose)
  • Le muscle non injecté de l’autre jambe a varié à peu près autant que le muscle ayant reçu le placebo, ce qui concorde avec un effet local.
  • Les gains de volume étaient corrélés à la dose par gramme de muscle (r = 0,77–0,78) ; les doses supérieures à 1,0 mg/g étaient associées à des augmentations de plus de 5 %.
  • 8 semaines après la dernière dose, les augmentations aux doses les plus élevées n’étaient plus statistiquement significatives.
  • La force n’a pas changé significativement à la dynamométrie portative ou fixe, dans aucun des deux muscles.

Dystrophie musculaire facio-scapulo-humérale (phase 2, n = 95)

La FSHD est une dystrophie musculaire héréditaire qui affaiblit le visage, les épaules, les bras et le bas des jambes, souvent de manière asymétrique. L’essai comportait deux parties (Statland et al., Muscle Nerve 2022) :

  • Partie 1 (en ouvert, 37 participants) : 150, 200 ou 240 mg par muscle dans le biceps brachial ou le tibial antérieur toutes les 3 semaines, jusqu’à 5 doses. Le volume musculaire total a augmenté de plus de 15 % à 200–240 mg.
  • Partie 2 (randomisée, en double aveugle, 58 inclus, 55 évaluables) : 240 mg par muscle ou placebo dans les deux biceps ou les deux tibiaux antérieurs toutes les 3 semaines pendant 27 semaines (9 doses), suivies de 6 mois d’ACE-083 en ouvert.

Résultats de la partie 2 au jour 190, ACE-083 moins placebo (moyenne des moindres carrés, IC à 90 %) :

Groupe Critère Différence p
Biceps (14 vs 14) Volume musculaire total, critère principal +16,4 % (9,8 à 23,0) inférieur à 0,0001
Biceps Volume musculaire contractile +23,3 % (10,8 à 35,8) 0,002
Biceps Score de fonction du membre supérieur (PUL, niveau intermédiaire) +2,9 % (0,1 à 5,7) 0,09
Biceps Force de flexion du coude (dynamomètre portatif) +36,1 % (11,8 à 60,5) 0,02
Tibial antérieur (13 vs 14) Volume musculaire total, critère principal +9,5 % (3,2 à 15,9) 0,01
Tibial antérieur Fraction graisseuse (absolue) −2,7 points (−4,9 à −0,6) 0,04
Tibial antérieur Distance au test de marche de 6 minutes −5,3 % (−12,0 à 1,4) 0,20
Tibial antérieur Force de dorsiflexion de la cheville −14,5 % (−34,3 à 5,2) 0,22

La différence de force du biceps n’a pas été retrouvée aux autres moments sur 12 mois et n’est pas apparue lorsque les patients sous placebo sont passés à l’ACE-083. Il n’y a eu aucune différence significative du score total du FSHD Health Index, et dans le groupe tibial antérieur, les tests de marche et de montée d’escaliers ne se sont pas améliorés. L’essai et son extension ont été arrêtés prématurément faute d’atteindre les critères fonctionnels, et les auteurs indiquent que le programme de développement dans la FSHD a été abandonné sur la base de ces résultats (Statland et al., Muscle Nerve 2022 ; NCT02927080).

Maladie de Charcot-Marie-Tooth (phase 2, n = 63)

La CMT est une maladie nerveuse héréditaire ; les types 1 et X endommagent la gaine de myéline des nerfs longs, entraînant une faiblesse du bas des jambes et un pied tombant. L’essai a inclus des adultes atteints de CMT1 ou CMTX présentant une faiblesse de la dorsiflexion de la cheville (Thomas et al., Neurology 2022) :

  • Partie 1 (en ouvert, 18 patients) : 150, 200 ou 240 mg par muscle dans les deux tibiaux antérieurs toutes les 3 semaines, jusqu’à 5 doses. Le volume musculaire total a augmenté de 12,6–14,2 % selon les cohortes au jour 106.
  • Partie 2 (randomisée, en double aveugle, 44 traités : 23 ACE-083, 21 placebo) : 240 mg par muscle dans les deux tibiaux antérieurs toutes les 3 semaines, jusqu’à 9 doses sur ≈6 mois, puis ACE-083 en ouvert.

Résultats de la partie 2 au jour 190 (population per protocole, n = 40, ACE-083 moins placebo) :

Critère Différence (IC à 90 %) p
Volume musculaire total, critère principal +13,5 % (4,9 à 22,1) 0,0096
Volume musculaire contractile +23,3 % (7,2 à 39,4) 0,02
Fraction graisseuse (absolue) −3,1 points (−6,8 à 0,6) 0,16
Score au testing musculaire manuel de la dorsiflexion de la cheville +0,3 (0,1 à 0,5) 0,03
Force de dorsiflexion de la cheville, dynamomètre portatif Non significative 0,13
Score total du CMT Health Index Non significatif 0,63
Risque de première chute HR 1,04 (0,50 à 2,18) 0,93
Risque de chutes répétées HR 1,41 (0,72 à 2,74) 0,40

Le test de marche de 6 minutes et la marche/course sur 10 mètres se sont améliorés de façon similaire dans les deux groupes, ce que les investigateurs ont attribué à un effet placebo ou d’apprentissage, et les patients sous placebo ne se sont pas davantage améliorés après être passés à l’ACE-083. Les auteurs ont conclu que, malgré des muscles plus volumineux, les patients sous ACE-083 ne s’étaient pas améliorés sur le plan fonctionnel davantage que ceux sous placebo, et que cet échec avait conduit le promoteur à suspendre le développement dans la CMT. Sur 45 patients randomisés, 23 ont quitté l’étude parce que le promoteur y a mis fin (Thomas et al., Neurology 2022).

Pourquoi des muscles plus gros n’ont pas signifié une meilleure fonction

Les investigateurs ont proposé plusieurs explications possibles plutôt qu’une réponse unique (Statland et al., Muscle Nerve 2022 ; Thomas et al., Neurology 2022) :

  • cette classe de médicaments peut augmenter le volume musculaire sans améliorer directement la force ou la fonction d’un muscle malade ;
  • la marche et les tâches du bras dépendent de nombreux muscles, si bien qu’en agrandir un seul peut ne pas suffire ;
  • les essais étaient dimensionnés pour le volume musculaire, pas pour la force, et ont pu être trop courts ;
  • des gains fonctionnels pourraient nécessiter de l’exercice en plus du médicament ;
  • les effets d’apprentissage aux tests de marche répétés ont fait paraître les deux bras meilleurs.

Les données chez la souris vont dans le même sens : la force supplémentaire des muscles injectés provenait uniquement de leur taille accrue, et non d’un muscle de meilleure qualité (Pearsall et al., Sci Rep 2019).

Effets indésirables et risques

Les trois essais ont inclus 216 participants au total (58, 95 et 63), y compris les participants sous placebo, tous traités sous surveillance médicale avec des injections guidées par EMG ou échographie. Aucun produit ne dispose d’une notice, de sorte que les données ci-dessous représentent l’intégralité de ce qui est connu.

Effets au point d’injection et musculaires

Dans l’étude de phase 1, il n’y a eu aucun événement indésirable grave, aucun événement de grade 3 ou plus et aucun arrêt pour événement indésirable. La douleur au point d’injection était quasi universelle dans les deux groupes (Glasser et al., Muscle Nerve 2018) :

Événement indésirable lié ACE-083 (n = 42) Placebo (n = 16)
Douleur au point d’injection 90 % 100 %
Gêne au point d’injection 19 % 25 %
Réaction au point d’injection 14 % 6 %
Hémorragie au point d’injection 12 % 0 %
Douleur dans un membre 43 % 44 %
Contractions musculaires involontaires 19 % 19 %
Myalgie (douleur musculaire) 10 % 0 %

Dans la FSHD, les réactions au point d’injection (érythème, gêne, gonflement, démangeaisons, chaleur), les myalgies et les gonflements périphériques ou articulaires étaient plus fréquents sous ACE-083 que sous placebo ; les événements liés étaient de grade 2 ou moins et aucun n’était grave. Un participant de la partie 1 a arrêté le médicament en raison de myalgies et d’un gonflement musculaire (Statland et al., Muscle Nerve 2022). Dans la CMT, les événements liés les plus fréquents étaient les réactions au point d’injection, les myalgies et les douleurs dans un membre, et il n’y a eu aucun événement indésirable grave lié au médicament (Thomas et al., Neurology 2022).

Événements d’origine nerveuse

Dans l’essai sur la FSHD, un patient du groupe tibial antérieur sous ACE-083 a développé des paresthésies du pied, une atteinte axonale partielle du nerf fibulaire et un engourdissement du dos du pied, tous jugés probablement liés au médicament ; ils se sont résolus avec une faiblesse persistante, en amélioration progressive. Un patient du groupe biceps a arrêté le traitement en raison de picotements débutant aux pieds, également jugés probablement liés (Statland et al., Muscle Nerve 2022). Les injections répétées à proximité d’un nerf périphérique font partie intégrante du mode d’administration de ce médicament.

Autres arrêts de traitement

Dans l’essai sur la CMT, deux patients sous ACE-083 ont arrêté pour des événements jugés possiblement liés : l’un pour un érythème modéré et un gonflement périphérique, l’autre pour un lupus érythémateux systémique modérément sévère nouvellement diagnostiqué pendant la période en ouvert (Thomas et al., Neurology 2022).

Anticorps anti-médicament

Le système immunitaire a fréquemment reconnu l’ACE-083 comme étrangère :

Étude Patients présentant des anticorps anti-ACE-083
Phase 1, femmes en bonne santé 3 positifs confirmés ; l’une avec des titres allant jusqu’à 2 560
FSHD, partie 2 en double aveugle 39,3 % sous ACE-083 contre 3,3 % sous placebo
CMT, partie 2 en double aveugle 47,8 % sous ACE-083 contre 0 % sous placebo

Aucune des publications n’a relié ces anticorps à des problèmes cliniques, mais les essais étaient courts et de petite taille (Glasser et al., Muscle Nerve 2018 ; Statland et al., Muscle Nerve 2022 ; Thomas et al., Neurology 2022).

Ce qui reste inconnu

  • Il n’existe aucune donnée au-delà d’environ 12 mois de traitement et aucune étude chez des sportifs ou des hommes en bonne santé ; les seules données chez des volontaires en bonne santé proviennent d’une ou deux doses chez des femmes ménopausées. On ne sait rien de l’association de l’ACE-083 avec d’autres médicaments.
  • Le médicament ayant été abandonné, aucune autorité réglementaire n’a évalué sa fabrication, son activité ou sa sécurité à long terme. Tout produit vendu sous ce nom en dehors des essais d’origine n’a aucun lien vérifiable avec la protéine de qualité clinique.

Points clés

  • Une follistatine modifiée à action locale. L’ACE-083 est une follistatine humaine tronquée fusionnée à un fragment Fc d’IgG2, conçue pour rester dans le muscle injecté et y neutraliser la myostatine, le GDF11 et les activines A et B.
  • Elle a régulièrement fait grossir le muscle injecté. Les essais contrôlés contre placebo ont montré des augmentations de volume d’environ 9–16 % chez des femmes en bonne santé, dans la FSHD et dans la CMT, avec peu de médicament mesurable dans le sang après le premier jour.
  • Elle n’a pas amélioré la fonction des patients. La marche, la fonction du bras, les chutes et la qualité de vie ne se sont pas améliorées par rapport au placebo dans aucune des deux maladies, et les gains de force étaient inconstants.
  • Le programme est terminé. Acceleron a abandonné la FSHD en septembre 2019 et l’ACE-083 en mars 2020 ; elle n’a jamais été autorisée nulle part.
  • Effets locaux et anticorps fréquents. Les réactions au point d’injection et les douleurs musculaires étaient fréquentes, des événements d’origine nerveuse sont survenus chez quelques patients atteints de FSHD, et 39–48 % des patients traités ont développé des anticorps anti-médicament.
  • Interdite dans le sport. En tant que protéine liant la myostatine dérivée de la follistatine, elle relève de la classe S4.3 de l’AMA, interdite en permanence.

Sources

  1. Pearsall RS, Davies MV, Cannell M, et al. Follistatin-based ligand trap ACE-083 induces localized hypertrophy of skeletal muscle with functional improvement in models of neuromuscular disease. Sci Rep. 2019;9(1):11392. PubMed.
  2. Glasser CE, Gartner MR, Wilson D, Miller B, Sherman ML, Attie KM. Locally acting ACE-083 increases muscle volume in healthy volunteers. Muscle Nerve. 2018;57(6):921–926. PubMed.
  3. Statland JM, Campbell C, Desai U, et al. Randomized phase 2 study of ACE-083, a muscle-promoting agent, in facioscapulohumeral muscular dystrophy. Muscle Nerve. 2022;66(1):50–62. PubMed.
  4. Thomas FP, Brannagan TH 3rd, Butterfield RJ, et al. Randomized phase 2 study of ACE-083 in patients with Charcot-Marie-Tooth disease. Neurology. 2022;98(23):e2356–e2367. PubMed.
  5. Acceleron Pharma. Acceleron announces topline results from the Phase 2 trial of ACE-083 in patients with facioscapulohumeral muscular dystrophy. Form 8-K, Exhibit 99.1. 16 septembre 2019. SEC.
  6. Acceleron Pharma. Acceleron announces topline results from the Phase 2 trial of ACE-083 in patients with Charcot-Marie-Tooth disease. Form 8-K, Exhibit 99.1. 9 mars 2020. SEC.
  7. Acceleron Pharma. Quarterly report on Form 10-Q for the period ended March 31, 2020. SEC.
  8. Acceleron Pharma. Phase 1 study of ACE-083 in healthy subjects. NCT02257489. ClinicalTrials.gov.
  9. Acceleron Pharma. Study of ACE-083 in patients with facioscapulohumeral muscular dystrophy (FSHD). NCT02927080. ClinicalTrials.gov.
  10. Acceleron Pharma. Study of ACE-083 in patients with Charcot-Marie-Tooth disease. NCT03124459. ClinicalTrials.gov.
  11. Acceleron Pharma. Extension study to evaluate the long-term effects of ACE-083 in patients with facioscapulohumeral muscular dystrophy (FSHD) and Charcot-Marie Tooth (CMT) disease types 1 and X (CMT1 and CMTX). NCT03943290. ClinicalTrials.gov.
  12. World Anti-Doping Agency. Prohibited List 2026, class S4.3. Liste des interdictions 2026 de l’AMA.
  13. Drug Enforcement Administration. Schedule III anabolic steroids. 21 CFR 1308.13. eCFR.